Deux inondations en deux ans: au Canada, la lassitude des habitants de Gatineau

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A Gatineau le 24 avril 2019
A Gatineau le 24 avril 2019
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© AFP, Michel COMTE

AFP, publié le jeudi 25 avril 2019 à 00h07

Dans sa rue inondée de Gatineau, près d'Ottawa, Michelle Lorrain pagaie dans son canoë pour aller prêter main-forte à ses parents: ils tentent de sauver la "maison de leurs rêves" face à la crue printanière qui submerge une partie du Québec - pour la deuxième fois en deux ans.

"On est découragés, on aimerait tout abandonner", dit-elle à l'AFP. Cette femme d'une trentaine d'années retient à peine ses larmes en chargeant dans son bateau un générateur pour alimenter la pompe à eau de ses parents.

Elle a pris une journée de congé pour se préparer face à la montée des rivières des Outaouais et Gatineau qui ont envahi plusieurs rues de Gatineau, commune du Québec située juste au nord de la capitale Ottawa (Ontario). 

La veille, Mme Lorrain a trouvé son père de 56 ans en pleurs; il venait tout juste de rénover le sous-sol de sa maison, inondée lors des crues historiques de 2017. Elle est aujourd'hui sous l'eau.

"C'est la maison de ses rêves", dit-elle, montrant du doigt au loin la maison cernée par les eaux malgré les sacs de sable.

- Déménager ou pas -

Quelques blocs plus loin, Gilles Raymond, 69 ans, surveille le niveau de l'eau avec inquiétude.

"En 2017 on a eu la même chose", se souvient-il. "Si la pompe à eau tombe en panne, on est foutus".

Déménager? "Je ne suis pas intéressé, je suis du coin. Disons que si l'année prochaine ça recommence, on verra".

Le Premier ministre québécois François Legault l'a affirmé à plusieurs reprises lors de visites sur le terrain: avec la multiplication des crues catastrophiques en raison du changement climatique, son gouvernement va plafonner à 100.000 dollars (66.000 euros) les indemnisations des riverains vivant en zone inondable. 

Et il incitera fortement les propriétaires de maisons régulièrement inondées à déménager, avec une aide financière pouvant aller jusqu'à 200.000 dollars.

Jocelyn Laplante, reconnaît que cette décision est "lucide": autant quitter sa maison si elle doit être inondée année après année. 

"On a été 40 ans sans inondations, maintenant on a ça. Est-ce que c'est lié au changement climatique? Probablement", reconnaît ce biologiste.

Pour autant, pas facile de quitter une maison remplie de souvenirs et fruit d'une vie de labeur. "Les gens sont très attachés à leur maison, ils bossent jour et nuit pour la sauver".

Ses parents habitent une maison près de la rivière depuis un demi-siècle. "Après 50 ans, ils espèrent pouvoir y habiter jusqu'à leur mort", dit-il.

- Sacs de sable -

Dans son quartier, une vingtaine de maisons endommagées par les inondations de 2017, les pires depuis 50 ans, ont déjà été démolies depuis. Des lotissements fantômes côtoient des maisons rénovées et protégées par des murs de sacs de sable parfois hauts de près de deux mètres.

Autre objection au plan de François Legault, partagée par la plupart des riverains: nombre de maisons construites au bord des rivières, à Gatineau comme dans de nombreuses villes du Québec, valent bien plus que les 200.000 dollars envisagés par le gouvernement.

Selon le maire de Gatineau, Maxime Pendeaud-Jobin, le gouvernement doit se montrer plus généreux pour aider les communautés à s'adapter au changement climatique.

"Nous voulons une solution à long terme. Mais ça demandera encore beaucoup de discussions et des décisions difficiles", a prédit le maire.

Quelque 300 de ses concitoyens ont appelé la mairie à l'aide, et 80 habitants ont trouvé refuge au centre d'accueil, qui a reçu la visite du Premier ministre Justin Trudeau et de son épouse Sophie Grégoire mercredi.

Les crues printanières n'ont cessé de s'étendre depuis une semaine dans l'est du Canada, de l'Ontario au Nouveau-Brunswick en passant par le Québec, province la plus touchée. Près de 1.900 maisons ont été inondées et jusqu'à 1.500 personnes ont été évacuées ces derniers jours, un chiffre retombé à un peu plus de 500 mercredi selon le bilan officiel d'Urgence Québec.

Le pic de la crue est attendu dans les prochains jours.

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