Démantèlement: en France, pays du nucléaire, la tâche reste immense

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 Le site nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, photographié le 25 juillet 2006

Le site nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, photographié le 25 juillet 2006

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AFP, publié le vendredi 12 janvier 2018 à 14h20

EDF a beau afficher des ambitions internationales en matière de démantèlement nucléaire, la filière doit encore faire ses preuves en France, deuxième producteur d'électricité nucléaire au monde, où la tâche reste immense et les retards nombreux.

"On démantèle neuf réacteurs en France. On considère que notre savoir-faire peut nous mettre en très bonne place pour gagner de vrais belles parts de marchés à l'international", assurait mercredi à l'AFP Sylvain Granger directeur des projets de déconstruction chez EDF.

Une ambition "sidérante" pour Barbara Romagnan, ex-députée PS, auteure d'un rapport parlementaire qui soulignait début 2017 les coûts "sous évalués" et retards croissants de ces chantiers. "Aucun de ces réacteurs français n'a encore été totalement démantelé alors qu'ils ont été arrêtés entre 1985 et 1997", argumente-t-elle.

Ailleurs dans le monde, dix-sept cuves de réacteurs (de plus de 100 MW) ont été démantelées, aux Etats-Unis, en Allemagne, et en Espagne, selon l'Institut de radioprotection et de sûreté (IRSN).

A Chooz, le chantier le plus avancé d'EDF, situé dans les Ardennes, le démantèlement de la cuve, étape ultime et la plus délicate, a débuté en 2017. Mais la découpe des composants internes de la cuve a été suspendue après la contamination en juin d'un employé suédois de Westinghouse, à qui EDF a sous-traité cette opération, selon l'entreprise française.

Cet incident de niveau 1 sur l'échelle Ines (International Nuclear Event Scale), qui classe de 0 à 7 les événements nucléaires, n'a "aucun impact sur le planning", assure M. Granger.

La cuve elle-même ne sera découpée que de mi-2019 à fin 2020, pour une fin de chantier en 2022. Mais près de 4.500 tonnes de déchets radioactifs ont été évacuées, soit près de 60% des déchets radioactifs de cette démolition, et EDF est "en avance sur son planning", ajoute l'entreprise.

Quatre-vingts personnes travaillent sur ce chantier sous-traité principalement à Westinghouse (poids lourd du secteur), Nuvia (Vinci) et Polinorsud (New Areva). La facture devrait ici s'approcher des 500 millions d'euros, assure EDF. Avec ses 300 MW, Chooz A était trois à cinq fois moins puissant que les réacteurs actuels.

Superphénix 

L'industriel met aussi en avant l'expérience acquise avec Superphénix, le surgénérateur au plutonium de 1.200 MW situé à Creys-Malville, à 70 km de Lyon. "Les Japonais sont très intéressés", selon M. Granger.

Sur ce chantier, près de 6.000 m3 de sodium ont été évacués du réacteur entre 2010 et 2014, transformés en soude et emprisonnés dans 70.000 m3 de béton. Une opération extrêmement délicate car le sodium s'enflamme au contact de l'eau et de l'air.

Lors du démantèlement d'un réacteur beaucoup plus petit (30 MW) mais ayant, comme Superphénix, la spécificité de fonctionner avec du sodium, et baptisé Rapsodie, une explosion avait fait un mort en 1994 à Cadarache (Bouches-du-Rhône).

Mais le démantèlement de la cuve géante (25 m de diamètre pour 20 m de haut) de Superphénix ne doit débuter qu'en 2020 pour s'achever en 2026, avec six ans de retard sur le calendrier de 2006.

Et après avoir été condamné en justice en appel en 2016 pour non respect d'une mise en demeure de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme français du nucléaire, EDF s'y est encore fait épingler à trois reprises en 2017, année marquée par un "incendie ayant affecté des déchets pollués au sodium dans la nuit du 4 au 5 juillet".

Le gendarme du nucléaire y a soulevé des problèmes d'étiquetage des déchets, un manque de surveillance de sous-traitants, et des "dysfonctionnements" lors d'un exercice de crise.

La facture du démantèlement est ici évaluée de 1 à 2 milliards d'euros selon le rapport parlementaire. Trois cent cinquante personnes travaillent sur le surgénérateur dont 80 salariés EDF, précise l'entreprise.

L'un des sous-traitants du chantier Superphenix New Areva s'est de son côté fait à nouveau épingler en décembre sur son chantier de La Hague où près de 600 personnes travaillent à la démolition d'une ancienne usine de retraitement des déchets nucléaires, pour "des défaillances", classées incident de niveau 1.

Ici, environ 7.000 m3 de déchets ont été évacués, selon New Areva. Il en reste 43.000 m3. Les activités principales de démantèlement sont évaluées à environ 4 milliards d'euros d'ici à 2035 selon l'entreprise. Un chantier qui accuse un retard d'une quinzaine d'années, selon l'IRSN.

- XXIIe siècle -

Autre retard majeur, pour six réacteurs de la génération dite "Uranium naturel graphite gaz" (UNGG), EDF a "reporté la fin globale du démantèlement au début du XXIIe siècle", selon l'ASN. Ces réacteurs UNGG se trouvent à Saint-Laurent-des-Eaux, à une trentaine de kilomètres d'Orléans, Bugey à 35 km de Lyon, et Chinon, à 50 km de Tours. En 2000, EDF promettait un démantèlement achevé à l'horizon 2020-2025.

Ce report, qui "pose la question du vieillissement des structures de génie civile des caissons réacteurs", est lié à des "problèmes de faisabilité technique", relève l'IRSN qui précise en outre qu'"il n'y a pas de stockage aujourd'hui disponible pour le graphite". 

Environ 17.000 tonnes de graphite radioactif doivent sortir des six centrales concernées, selon EDF, alors que le sort des déchets nucléaires les plus radioactifs n'est par ailleurs pas réglé. Le volume des déchets issus des démantèlements est évalué à plus de 2,3 millions de m3, selon le rapport parlementaire.

Autre chantier très en retard, le démantèlement de Brennilis (Finistère), "d'une grande complexité" selon EDF, est aujourd'hui annoncé pour après 2030, soit plus de 45 ans après l'arrêt de ce réacteur de 70 MW qui a fonctionné 18 ans.

Le retard est ici lié à des recours en justice, mais aussi à des incidents, comme un incendie dans l'enceinte du réacteur en 2015.

Quant au démantèlement des 58 réacteurs en fonctionnement, EDF se veut "confiante": leur technologie est la même que celle de Chooz A (réacteurs à eau pressurisée).

Mais en attendant, faute de calendrier, la filière industrielle du démantèlement nucléaire, déjà confrontée à des problèmes de recrutement, tarde à se structurer, selon l'IRSN.

EDF évalue à 79 milliards d'euros le coût de démantèlement de tous ses réacteurs en France (dont 18,5 milliards de gestion du combustible usé), a indiqué jeudi l'entreprise qui parlait en 2000 de 16 milliards d'euros.

 
17 commentaires - Démantèlement: en France, pays du nucléaire, la tâche reste immense
  • construire coute cher ,déconstruire encore plus cher sommes nous prés à payer par nos impots ?

    c'est compris dans le prix du kwh vendu sauf pour les fournisseurs alternatifs qui ont 25 % de droit de soutirage ç un prix réglementé en dessous du prix du marché, vous avez toutes les informations sur les comptes d'EDF publiés et certifiés ISO

    non ce n est pas compris dans le prix ....et tu le sais parfaitement . Et ca peut d autant moins l etre qu on ignore totalement le cout final ....alors oui y a eu des previsions ....dans les annees 60 ... mais c est tout .

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    humaminor  (privé) -

    La gestion des déchets, tout le problème du nucléaire à long terme. Les solutions ne semblent pas convaincantes. Le débat n’aurait jamais dû être pour ou contre le nucléaire mais comment recycler les déchets.

    il n'y a pas que dans la production d'électricité qu'il y a des déchets mais également dans l'industrie, dans la médecine et dans le domaine militaire, en France les déchets sont retraités afin d'en réduire le volume, une partie est réutilisée avec du plutonium et est donc renouvelable, ensuite les déchets sont classifiés en Vie longue, vie moyenne et déchets faiblement radio-actifs, les déchets selon le cas sont vitrifiés et enduite confinés dans des futs étanches,le temps est un facteur à prendre à compte pour la diminution de la radioactivité, il y a peu de temps des pays européens entre autres jetaient les barils en mer, aujourd'hui nous sommes dans une phase d’étude de transmutation, de réduction du volume dse déchets ( Mox et EPR) en attendant les réacteurs du futur en cours d'expérimentation ou en début d'exploitation en Chine avec les réacteurs à sels fondus avec des déchets non radio actifs, mais la frénésie des déchets ne va pas s'achever avec la multiplication dse centres des stockages de l'électricité, les millions de véhicules hybrides ou électriques où il y a aura également d'autres types de déchets à recycler et à enfouir, dans mon département on enfouit encore les déchets ménagers et personne ne s'en inquiète et pourtant ......la construction en partenariat avec les chinois d'une unité de traitement chez eux devrait nous apporter rapidement dse ressources vers un autre type de gestion,

    ittu machin ils te paient combien pour tes interventions depuis des annees ?....

  • ces zones sont irrécupérables : il faut donc y installer des centrales solaires ou des éoliennes dans celles qui sont suffisamment ventées!

  • Hum ! des citoyens ne veulent ni du nucléaire ,ni du solaire, ni de l'éolien ....que faire ?

  • Brennilis , je crois fermée en 1983 , n'est toujours pas règlé . Alors pour le reste , plusieurs générations devront subir la carence de l'Etat Français . C'est pas demain , n'est-ce pas , monsieur Hulot ? .

    Brennilis a une certaine epoque etait une vrai passoire , tout le monde pouvait y rentrer comme il voulait , juste un grillage fin et rouillé a franchir , pas d'entreprise de gardiennage , juste des panneaux defense d'entrer .

    Brennilis a été fermée en 1985, c'était un réacteur expérimental à eau lourde et uranium non enrichi refroidi au gaz carbonique et construit par le CEA,, ce réacteur a fait l'objet d'attentats en 1975 et en 1979 de la part des terroristes du FLB- ARB ; cette technologie n'a aps été développée en France, les travaux de démantèlement sont ajournés après la découverte d'une nappe phréatique située sous une faille et sous la centrale, les procédures de démantèlement sont en cours de révision et réécriture, cela n'a rien à voir avec les centrales actuelles, il n'y avait aucun moyen de production d'énergie en Bretagne, depuis il ya eu la premier usine marré-motrice mondiale sur la Rance et le barrage de Guerlédan,Aujourd'hui RTE a investi 120 millions d'euros pour sécuriser la Bretagne avec un cable souterrain de 75 kilomètres soit 1,6 million d'euros du kilomètres, cela ne règle que provisoirement l'alimentation en énergie électrique de Bretagne ; les 2 tranches 2 x 600 Mw de Cordemais au charbon étant promises à la fermeture,la construction d’une centrale au gaz par Direct énergie en suffira pas et sa mise en exploitation a pris énormément de retard

    1985 c etait il y a 32 ans ... je vais l ecrire en toutes lettres TRENTE DEUX ANS ....depuis ?..... RIEN ils se refilent la patate chaude ...

    Et chinon parle nous un peu de chinon tonton uranium tu vas inventer quoi detourner la conversation avec quoi hein ?.....

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