A Paris, les "XR" déterminés à tenir le pavé

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Les militants d'Extinction Rebellion bloquent la rue de Rivoli, dans le centre de Paris, le 10 octobre 2019
Les militants d'Extinction Rebellion bloquent la rue de Rivoli, dans le centre de Paris, le 10 octobre 2019
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© AFP, Bertrand GUAY

AFP, publié le jeudi 10 octobre 2019 à 16h32

"Bonjour à tous! Nous sommes Extinction Rebellion. Nous luttons contre un système de domination économique et politique qui exploite le vivant. Désolés pour le blocage, ça fait encore plus de pollution, on vous invite à couper les moteurs ou prendre les transports en communs".

Mégaphone en main, la jeune femme harangue les automobilistes qui klaxonnent juste sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville de Paris. Depuis quelques minutes, les militants du mouvement écolo, qui occupent depuis lundi en plein cœur de la capitale la place du Châtelet et un pont sur la Seine, viennent d'étendre leur blocage à la rue de Rivoli, coupant des grands axes de la ville.

Retranchés dans leur "village apaisé", quelques centaines d'activistes, vingtenaires ou trentenaires en grande majorité, exigent notamment des autorités des mesures immédiates pour atteindre la neutralité carbone en 2025. Bien organisés, ils ont installé lundi en quelques minutes murs de palettes et bottes de paille, tentes et abris de bâches. 

Il y a des toilettes sèches et même un petit voilier peint en bleu qui trône au milieu du pont, à 100 mètres à peine de la préfecture de police. Des "bloqueurs" tiennent six barrages, prêts à se faire embarquer sans opposer de résistance physique en cas d'intervention des forces de l'ordre.

Mais depuis le début, celles-ci se tiennent à distance. "On est tous un peu surpris. On fait de la désobéissance civile, mais pour le coup, personne ne nous dit d'obéir," lance "Jeanne" (les XR se présentent en général juste sous un prénom), 29 ans, "étudiante dans le sud", mi-amusée, mi-dépitée.

Car le mouvement, né en Grande-Bretagne il y a un an à peine, mise sur le blocage des grandes villes mais aussi sur les images de ses militants se faisant interpeller. L'inaction des forces de l'ordre est d'ailleurs très commentée sur les réseaux sociaux des "gilets jaunes", comme un deux poids-deux mesures. "Aucun deal avec la préfecture", rétorquent les XR, rappelant que les images du "gazage" de leurs militants à Paris fin juin avaient suscité l'émoi et que le président Emmanuel Macron cherche peut-être à préserver une image "écolo" qu'ils lui dénient.

- Mourir de chaud -

Quelques "gilets jaunes" se sont joints au campement, mais une possible "convergence des luttes" est sujet de débat. XR adhère à une stricte non-violence et lors de l'occupation conjointe avec d'autres mouvements d'un centre commercial parisien samedi dernier, il y a eu des graffitis évoquant l'attaque de la préfecture de police de Paris, conduisant à une enquête pour "apologie du terrorisme".

"Tout ce qui peut être marqué sur ce pont peut se retourner contre nous", avertit ainsi un jeune homme lors d'une des nombreuses AG qui parsèment la journée du camp. 

Passe une dame, qui rouspète contre le détour qu'elle doit faire. On lui tend le micro, mais devant son refus d'engager le dialogue un "rebelle" lance: "On va avoir des canicules à 50 degrés madame, en fait vous allez mourir de chaud et on va tous mourir de faim parce qu'on n'aura plus rien à manger". 

Mais la plupart des badauds semblent accueillir plutôt positivement l'action, même si les cafés ont des recettes en berne.

Sur la rue de Rivoli désertée par les voitures, une conférence s'improvise. Plusieurs scientifiques et Carola Rackete, capitaine du bateau de secours aux migrants Sea-Watch, se succèdent au micro. 

"On vous remercie d'être ici, nous on sort de notre labo et on est très contents (...) L'urgence est là, on ne peut pas négocier avec la nature, lui demander 10 ans de délai pour commencer à prendre des mesures", lance Serge Janicot, climatologue, spécialiste de l'Afrique.

Encouragés par la nouvelle occupation du jour, et la fin de la pluie, les "rebelles" de XR applaudissent longtemps, déterminés à poursuivre leur action.

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