40°C à répétition en France, un symbole du réchauffement climatique

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La barre des 40° est de plus en plus souvent dépassée symbole du dérèglement climatique
La barre des 40° est de plus en plus souvent dépassée symbole du dérèglement climatique
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© AFP, BERTRAND GUAY
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, publié le samedi 08 août 2020 à 14h26

40°C en France ! Cette barre extraordinaire il y a seulement un demi-siècle est aujourd'hui de plus en plus souvent dépassée, un symbole du dérèglement climatique qui intensifie les températures estivales avec les risques qui y sont associés.


Selon Météo-France, le seuil de moins en moins symbolique des 40°C n'avait été dépassé qu'une fois dans les années 1960 et une fois dans les années 1970. Dans les deux décennies suivantes, cette température encore rare est devenue plus fréquente.

Et dans un monde qui subit les effets de plus en plus visibles du réchauffement climatique, le XXIe siècle a vu les choses s'accélérer. 

Depuis 2008, au moins une station de mesure dépasse les 40°C chaque année (sauf en 2014). Et les étés 2019 et 2020 ont vu un véritable festival de 40°C, avec une extension vers le nord du pays.

Les scientifiques prévoyaient bien une hausse des extrêmes largement plus rapide que l'augmentation moyenne de la température. Mais ces épisodes aussi intenses deux années de suite sont-ils le signe d'une accélération spectaculaire du réchauffement en France ?

A priori non, répondent les experts, qui notent que deux années ne sont pas représentatives.

Les modélisations prévoient bien un dépassement du seuil quasiment tous les ans mais seulement "vers le milieu du siècle et plutôt dans le Midi", indique à l'AFP Robert Vautard, directeur de l'Institut Pierre et Simon Laplace de recherche en sciences de l'environnement.

Alors 40°C dépassés comme ça sur deux années de suite, "ça peut paraitre un peu étonnant, mais c'est probablement un hasard", poursuit-il. 

Un "hasard" aussi pour son confrère Christophe Cassou. "Mais il faut le voir comme une tendance: le hasard devient plus probable", poursuit le climatologue du centre de recherche Cerfacs à Toulouse.

Ces pics s'insèrent en outre dans un ensemble qui montre sans conteste l'impact du réchauffement de la planète sur la météo estivale de l'Hexagone.

En témoigne le seuil des 35°C. "Selon les données de Météo-France sur ses 30 stations de référence, depuis 2015, le nombre de fois où 35°C a été franchi chaque été est supérieur à 100, alors que ça n'arrivait qu'en moyenne 13 fois par été dans les années 1960", insiste Christophe Cassou.

- 50°C à la fin du siècle ? -

C'est un indicateur "plus éclairant que 40°C parce qu'il y a plus de recul statistique" et il "montre que les étés chauds sont récurrents depuis 5 ans", insiste le scientifique qui participe à l'élaboration du prochain rapport des experts climat de l'ONU (Giec).

Même sans atteindre des pics record, une canicule, avec des températures élevées la nuit qui ne permettent pas aux organismes de récupérer, peut avoir un impact dévastateur sur les personnes fragiles.

D'où la "vigilance canicule" créée après l'épisode meurtrier de 2003 qui avait fait 15.000 morts en France, alerte destinée à mettre en garde la population et à protéger les plus vulnérables, comme les personnes âgées.

Au dessus ou non de 40°C, les vagues de chaleur sont aussi "une menace pour certains écosystèmes, et pour l'agriculture, les canicules étant généralement couplées avec des événements de sécheresse", explique Christophe Cassou.

Sans oublier les risques accrus d'incendies.

"Quand il fait plus chaud, le risque d'éclosion (d'un incendie) est plus fort, parce qu'il faut moins d'énergie pour mettre le feu", explique à l'AFP Jean-Baptiste Filippi, chercheur à l'université de Corse.

L'humidité de l'air et la force du vent sont aussi capitales pour évaluer le risque incendie. Mais côté chaleur, au-delà des pics, "c'est la durée qui est dangereuse", insiste le coordinateur du programme FireCaster de prévision des incendies. 

"Les services de secours, très efficaces, sont en alerte pour agir sur tous les départs de feu, mais c'est beaucoup plus difficile d'être aussi efficace pendant 10 jours".

Etant donné les projections des modèles climatiques, la répétition des 40°C que l'on observe encore cet été risque de n'être qu'un avant-goût des décennies à venir.

"Dans les scénarios les plus intensifs en terme de réchauffement, vers la fin du siècle en France, on pourra aisément dépasser 45°C ou 50°C. Et certaines simulations vont jusqu'à 55°C", indique Robert Vautard.

"Le seuil de 50°C paraissait incongru jusqu'à l'année dernière", note le climatologue. "Mais finalement on est déjà à 46°C!", nouveau record français établi en 2019.

"Il faut moduler le message, tout ça n'est pas écrit", tempère Christophe Cassou. "Ça deviendra la norme si on ne réduit pas immédiatement et de manière tenace les gaz à effet de serre", prévient-il. 

"Et si on oublie le +si+, c'est de l'alarmisme, et ça conduit au fatalisme et à l'immobilisme".

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