Wim Wenders: "On ne peut plus construire des murs" entre les arts

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Le réalisateur allemand Wim Wenders lors d'une session photo au Grand Palais à Paris, le 18 avril 2019
Le réalisateur allemand Wim Wenders lors d'une session photo au Grand Palais à Paris, le 18 avril 2019
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© AFP, JOEL SAGET

AFP, publié le vendredi 19 avril 2019 à 16h54

Il présente au Grand Palais une installation monumentale à partir de ses films. Peintre au départ, puis cinéaste et photographe, adepte du voyage, Wim Wenders se définit comme "un migrant" qui refuse de "construire des murs" entre les arts, comme entre les pays.

Avec "(E)motion", création visuelle présentée depuis jeudi et jusqu'au 22 avril sous la verrière du Grand Palais, le réalisateur allemand fait une proposition originale: "exposer" son cinéma, avec la projection d'extraits de ses films sur la structure du monument. En tout, sept images accompagnées de voix et de musique, comme "une sorte de kaléidoscope" permettant au spectateur de se promener "dans le ventre d'un film", explique-t-il lors d'un entretien avec l'AFP.

Les visiteurs font l'expérience d'une œuvre "qui fait une sorte d'inventaire de ce que sont les images d'un film, si on les enlève des salles et du flot d'une histoire, et si on les confronte avec l'architecture", ajoute le réalisateur des "Ailes du désir", reconnaissable à ses lunettes aux épaisses montures. 

Toujours curieux d'expériences nouvelles, Wim Wenders, 73 ans, représentant majeur du cinéma allemand contemporain, se réjouit de cette œuvre hybride. Elle lui rappelle "les grandes basiliques de la Renaissance qui étaient peintes". 

"C'était aussi un peu un devoir de peintre que de remplir ces murs", ajoute celui qui confie avoir "hésité à un certain âge à devenir architecte". "Puis c'est la peinture qui a gagné. Et la peinture est devenue le cinéma."

- "Liens avec la peinture" -

Au début, "je croyais que produire des images, c'était ça l'essentiel au cinéma", raconte-t-il. "Jusqu'à ce que je comprenne que ce n'est pas les belles images qui font un film, c'est vraiment l'histoire, les personnages". 

Mais pour lui, "le cinéma a des liens avec la peinture". "A la base de la peinture, de la photo et du cinéma, c'est toujours la notion du cadre", poursuit le cinéaste, Palme d'or à Cannes en 1984 pour "Paris, Texas." 

Aujourd'hui, "les frontières disparaissent entre cinéma et monde de l'art. On ne peut plus construire des murs autour d'une certaine profession", estime-t-il.

Cette installation est aussi l'occasion pour lui de revisiter des thèmes essentiels à ses films, ceux du voyage et de l'errance.

Un goût pour le mouvement dont il trouve les origines dans son enfance: "c'était un destin presque nécessaire pour quelqu'un né dans un pays plus ou moins détruit, dans une ville à 90% détruite", estime le cinéaste, originaire de Düsseldorf en Rhénanie. 

"La seule chose qui montrait un autre monde, c'était la peinture", poursuit-il. "Mes premiers voyages, c'était les musées. Le premier grand voyage de ma vie, c'était à Amsterdam pour voir le Rijksmuseum."

- "Grands aventuriers" -

Aujourd'hui, souvent en déplacement entre les Etats-Unis, l'Allemagne ou le reste de l'Europe, Wim Wenders se définit comme "un migrant". "Etre un migrant est un privilège", poursuit-il, estimant que "le plus grand événement" dans sa vie est survenu quand "il n'y a plus eu de frontières" en Europe.

"A l'avenir, il n'y aura plus cette détermination entre migrants et gens qui ne bougent pas. Comment on les appelle d'ailleurs, ces +bouge-pas+?", demande-t-il. "Le monde dans lequel nos parents sont nés n'existe plus, et ne va plus jamais exister. On doit se rendre compte que les définitions de ce que sont l'identité, la culture, le pays, les peuples, tout ça ne fonctionne plus."

Aujourd'hui essentiellement tourné vers le documentaire, comme ceux consacrés à la danseuse Pina Bausch, au photographe Sebastiao Salgado ou au pape François, Wim Wenders s'intéresse aux "grands aventuriers de notre époque", jugeant que "le documentaire donne drôlement plus de liberté" que la fiction.

"Quand j'ai commencé à faire du cinéma, pendant dix ou vingt ans, j'ai pu faire des films où ce n'était pas nécessaire de travailler un scénario à mort et d'avoir dix comités de lecture", se souvient-il. "J'ai fait +Les Ailes du désir+ sans scénario. Aujourd'hui, je ne pourrais pas." 

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