Visa pour l'image a "résisté" et ouvre sa 32e édition

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Des visiteurs admirent des photos au festival "Visa pour l'image" en septembre 2017 à Perpignan
Des visiteurs admirent des photos au festival "Visa pour l'image" en septembre 2017 à Perpignan
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© AFP, RAYMOND ROIG
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, publié le dimanche 30 août 2020 à 12h11

Visa pour l'image, principal festival de photojournalisme au monde, a ouvert samedi à Perpignan sa 32e édition, la première sous Covid et après l'élection à la mairie du RN Louis Aliot, pour soutenir "plus que jamais" une profession ébranlée par la pandémie. 

"L'an passé, ici même, certains tentaient de faire croire que si j'étais élu mon premier objectif serait de mettre à mal le festival, voire même de le supprimer. Or il n'en est rien, Visa est toujours là et je m'en félicite", a affirmé le nouveau maire d'extrême droite lors de l'inauguration.

Le président de l'association Visa pour l'image et ex-ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a fait part de la "fierté" des organisateurs "d'avoir résisté" en maintenant le festival, même dans une version plus intimiste, malgré la pandémie. 

"Défendre Visa pour l'image, c'est défendre la liberté, l'indépendance d'esprit" face à "la violence du monde actuel où se construisent les murs, les barrières, les sectarismes", a-t-il souligné au côté de Louis Aliot.

Il était essentiel de montrer aux photojournalistes que "leur réunion annuelle continue à les soutenir, à présenter leurs travaux au monde entier", a plaidé son directeur historique, Jean-François Leroy. 

- "Situation très précaire" -

"Ils ont subi la crise du Covid de plein fouet. Entre l'effondrement des recettes publicitaires dans les journaux et les difficultés à se déplacer, ils n'ont pratiquement pas reçu de commandes pendant trois mois", a-t-il déploré, alertant sur "la situation aujourd'hui très précaire de beaucoup d'entre eux". 

Mais l'épidémie est aussi pour le secteur une source d'inspiration à la mesure de son onde de choc planétaire: "c'est la première fois dans l'histoire du festival qu'on assiste à un évènement aussi international", a relevé M. Leroy. 

"Il y a eu autant de manière de s'emparer du sujet qu'il existe de photographes. On a reçu une palette de propositions complètement hallucinante". 

Parmi les rares exposants à avoir fait le déplacement, le photographe franco-américain Peter Turnley a capté, dans une série de clichés en noir et blanc, les regards des New-Yorkais sous Covid. 

L'amour, le deuil, la souffrance et le quotidien par temps de pandémie sont aussi déclinés en images venues des quatre coins du monde dans une autre exposition, collective. 

Pour M. Leroy toutefois, l'urgence est ailleurs et se manifeste dans un programme largement consacré à des problématiques "encore plus graves" que le coronavirus: le réchauffement climatique et les conséquences de l'activité humaine sur l'environnement.

- "Sauver la planète"? -

"Je pense qu'on viendra à bout de cette épidémie, je ne suis pas sûr qu'il ne soit pas déjà trop tard pour sauver la planète", s'inquiète-t-il auprès de l'AFP. 

De l'Inde au Pérou, en passant par les Philippines, le photographe américain James Whitlow Delano rend ainsi compte d'une "planète noyée sous le plastique", avec des images terrifiantes de villages, fleuves et vallées noyés sous les déchets. 

Victor Moriyama a lui braqué son objectif sur la déforestation de la plus grande forêt tropicale du monde, l'Amazonie, tandis que Bryan Denton déroule le cycle "infernal" des sécheresses et inondations en Inde, dû au changement climatique.

L'eau est également au coeur de l'exposition de Sanne Derks sur Cuba. "En pensant à une île tropicale, on ne s'imagine pas qu'il y ait un problème de pluie", explique à l'AFP la photojournaliste néerlandaise.

Pendant plusieurs mois, elle a enquêté sur cette pénurie, la façon dont elle est gérée par l'Etat communiste, et l'inventivité des Cubains pour faire face. 

Cette ancienne anthropologiste a opéré un changement radical de carrière à 35 ans, se lançant à corps perdu dans le photojournalisme, "mais je n'avais aucune idée que ça allait être si dur".

Aujourd'hui âgée de 40 ans, elle dit gagner l'équivalent "de ce que touchent les personnes qui vivent avec le seuil de pauvreté" aux Pays-Bas. 

Dans les quatre lieux de Perpignan où sont exposées la vingtaine de projets, les visiteurs masqués déambulent sans se bousculer, loin de l'affluence des années précédentes. Et dans les hôtels de la ville, privés de l'afflux habituel de festivaliers, l'ambiance est plutôt morose.

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