Vingt après "La vie sexuelle...", Catherine Millet toujours pas correcte

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Catherine Millet, à Paris le 18 mars 2021
Catherine Millet, à Paris le 18 mars 2021
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© AFP, JOEL SAGET

, publié le dimanche 21 mars 2021 à 09h01

Vingt ans après avoir raconté sa "vie sexuelle" et ses pratiques échangistes, l'écrivaine Catherine Millet revient sur ce succès de librairie et déplore une époque marquée par un "recul" de "la tolérance pour la sexualité des autres".

- Très bien accueilli il y a 20 ans, "La vie sexuelle de Catherine M." le serait-il encore aujourd'hui ?

- "ll y aurait sûrement beaucoup plus de controverses. En 2001, dans l'ensemble, le grand public l'a plutôt bien reçu, ce qui en a fait un best-seller. Peut-être qu'il n'aurait pas ce succès-là aujourd'hui étant donné ce que moi, comme beaucoup d'autres, je considère comme un recul des moeurs, et même de la tolérance pour la sexualité des autres. J'ai rencontré beaucoup de lecteurs qui me disaient +ce que vous racontez, jamais je n'oserais, je n'imaginais pas qu'on puisse faire ça, mais ça m'a fait réfléchir, j'ai compris des choses à propos de moi-même+. Tout le monde bien sûr ne partageait pas le goût pour ces expériences, mais les gens étaient ouverts. D'ailleurs, je fais une différence entre l'accueil du public et des médias. Les gens sont plus en avance, plus tolérants. Les médias vont au devant de je ne sais quelle crainte".

- Que pensez-vous d'un certain féminisme aujourd'hui qui va parfois jusqu'à affirmer sa haine des hommes ? 

- "Tout cela est quand même très dogmatique. Est-ce que je le comprends ? Je vous répondrai que non. Mais je cherche des explications à ce phénomène. Qu'est-ce qui anime ces mouvements de très jeunes femmes, qui ont un comportement et un discours tellement radicaux, et parfois qui s'appuient sur ce qu'il faut bien appeler une langue de bois... J'ai tendance à penser qu'il y a des cycles. On dit toujours que le XIXe siècle, très répressif au plan sexuel, a succédé à un XVIIIe au contraire très libéral. Donc j'ose espérer que cette période qu'on traverse ne durera pas éternellement, envahie de discours qui n'expriment pas seulement une image négative des hommes chez certaines femmes, mais plutôt une peur de la sexualité. 

La sexualité en effet peut faire peur. Le désir est envahissant, difficilement contrôlable. On ne comprend pas toujours bien le sien, celui de l'autre encore moins... Je me pose la question aujourd'hui: sans aller jusqu'aux pratiques qui ont été les miennes, ces filles, il faut dire assez revêches, est-ce qu'elles flirtent encore ? Un ami me racontait récemment que sa fille considérait qu'un baiser dans le cou par surprise était une agression. Pour moi, un baiser dans le cou, même si le type ne me plaît pas, c'est un petit geste de flirt".

- Gabriel Matzneff dans son dernier livre vous range parmi les cinq personnes envers lesquelles il est le plus reconnaissant. Comment l'avez-vous pris ?

- "Je n'ai pas lu son livre, je l'ai appris par l'AFP. Pour moi Gabriel Matzneff est une connaissance. Je n'ai jamais eu de relation particulière avec lui, jamais déjeuné ni dîné avec lui en tête à tête. Je ne le connais pas plus que ça. Mais quand l'affaire avait éclaté (ndlr: avec la sortie du "Consentement", où l'autrice Vanessa Springora décrit l'emprise qu'a exercée sur elle l'écrivain de 50 ans alors qu'elle en avait 14), j'avais été très choquée que des gens beaucoup plus amis avec lui le lâchent. 

Ils avaient oublié qu'ils l'avaient publié. Ils ne se souvenaient plus très bien, ils disaient: ah si j'avais su... Moi j'étais révoltée par ça. J'ai condamné cette lâcheté de gens que j'aime bien par ailleurs, dont j'apprécie l'oeuvre. Et cela a fait reparler de la pétition de janvier 1977 [ndlr: lancée par Gabriel Matzneff, au sujet de trois hommes poursuivis aux assises de Versailles pour "attentats à la pudeur sur mineurs" de moins de 15 ans). Je la resignerais aujourd'hui. Elle demandait de tenir compte de la très longue prison préventive (3 ans) que les accusés avaient faite. C'est vrai qu'on défendait aussi l'idée que la loi n'était pas en phase avec l'évolution de la société. Mais ce n'était pas défendre la dépénalisation de la pédophilie".

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