Victoires de la musique classique: les millenials à l'honneur

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Le pianiste français Alexandre Kantorow, premier prix au Concours Tchaïkovski à Moscou en 2019, pose le 27 janvier 2020 à Saint-Cloud
Le pianiste français Alexandre Kantorow, premier prix au Concours Tchaïkovski à Moscou en 2019, pose le 27 janvier 2020 à Saint-Cloud
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

, publié le lundi 17 février 2020 à 18h35

Les Victoires de la musique classique, qui ont contribué à faire découvrir des stars comme le violoniste Renaud Capuçon ou le contreténor Philippe Jaroussky, s'apprêtent à distinguer vendredi une très jeune génération de musiciens et chanteurs lyriques.

Le pianiste de 22 ans Alexandre Kantorow ou la mezzo soprano de 26 ans Adèle Charvet font partie des 15 nommés, avec une quasi-parité dans cinq catégories, et pour la première fois deux femmes dans la catégorie compositeur. 

Retransmise sur France 3 et sur France musique, cette 27e édition attribuera une Victoire d'honneur à la grande diva russe Anna Netrebko et à Philippe Jaroussky. 

L'AFP a rencontré trois de ces vedettes montantes.

Benjamin Bernheim, star sur le tard

Plusieurs fois, Benjamin Bernheim a voulu jeter l'éponge. "Je me suis longtemps battu contre ma voix", affirme le ténor de 34 ans. "Elle se fatiguait beaucoup, très vite, et de temps en temps, j'étais aphone".

Difficile à croire tellement le chanteur est courtisé: à l'Opéra de Paris, il a été applaudi dans "La Traviata", s'apprête à chanter dans "Manon" de Massenet (26 février-10 avril) et revient dans "La Bohème" en juin; il fera bientôt ses débuts au prestigieux Met de New York et a sorti en novembre son premier album solo chez Deutsche Grammophon. 

Pour le Chicago Tribune, il est le "grand ténor lyrique français que le monde de l'opéra attendait".

Les critiques louent son "timbre étincelant" et des aigus d'une "puissance qui cloue l'auditeur au fauteuil". Même si leurs voix sont différentes, certains le comparent au grand ténor Roberto Alagna, son modèle, en raison notamment de l'excellente diction du français. 

Le Franco-Suisse a "fait la paix" avec sa voix il y a quelques années. "Je voyais des chanteurs de mon âge beaucoup plus avancés. Il fallait que je me rappelle +chacun son temps+". 

De quoi se méfier un peu des réseaux sociaux où, "avant même de prouver qu'on est un artiste accompli, on devient trop vite quelqu'un de +connu+. Et on oublie que la voix doit mûrir".

Adèle Charvet, mezzo branchée hip-hop 

Parfois, il suffit d'un buzz pour un coup de projecteur. C'est arrivé à la mezzo soprano Adèle Charvet en octobre: alors qu'elle est multiprimée, son nom fait le tour des réseaux sociaux lorsqu'elle remplace au pied levé un chanteur malade en plein milieu du Messie de Haendel à la Maison de la Radio, où elle était venue en simple spectatrice.

"Au niveau du grand public, c'était une visibilité sans précédent", note celle qui a dû apprendre la partition en un temps éclair.

Applaudie pour son "timbre profond et voluptueux" et sa présence scénique, elle a passé sa petite enfance à New York, et voue une admiration sans borne aux sopranos légendaires Jessye Norman et Leontyne Price. 

"J'ai été aussi biberonnée au hip-hop, j'adore la soul. Avec mon père (le compositeur français Pierre Charvet), au piano, on chantait les Beatles, Supertramp, Bob Marley, mais aussi des chorals (BIEN chorals) de Bach".

Quid des réseaux sociaux? "L'année dernière, je chantais à l'Opéra de Bordeaux devant des écoliers. Le soir même, 40 collégiens m'ont suivie sur Instagram; ils m'ont écrit +c'est notre première fois à l'opéra, on a adoré+".

Pour autant elle reste prudente: "On est dans une société du zapping. Je bénéficie d'un certain effet de mode du fait de ma jeunesse mais ce n'est pas tout ce que j'ai à donner!"

Alexandre Kantorow, jeune tsar du piano

En remportant en juin 2019 le premier prix de piano au Concours Tchaïkovski à Moscou, l'un des plus prestigieux au monde, Alexandre Kantorow en est devenu le premier lauréat français. A 22 ans.

"Sur le moment, les critiques et les musiciens parlaient de cela comme une fierté, c'était un peu +cocorico+, comme la Coupe du monde", sourit celui qu'on a baptisé le "jeune tsar du piano". 

Le natif de Clermont-Ferrand veut garder les pieds sur Terre malgré "l'euphorie d'être entré dans l'Histoire" et les sollicitations, du Concertgebouw d'Amsterdam au Konzerthaus de Berlin.

Fils unique du chef d'orchestre Jean-Jacques Kantorow et de la violoniste anglaise Kathryn Dean, il a baigné dès le plus jeune âge dans un milieu musical. Mais "mes parents ont été prudents, ils savent par expérience à quel point ça peut être difficile psychologiquement pour un enfant. Je n'ai jamais eu l'impression que je forçais le pas".

Rester fidèle à son propre rythme, donc, comme sur les réseaux sociaux, où il n'a publié qu'une seule photo de lui pour ses quelque 3.000 followers. "Je dois m'isoler un peu plus; on est sur un tremplin, c'est important de garder une priorité artistique".

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