"Une vie secrète", le récit kafkaïen de républicains espagnols cloîtrés chez eux pendant trente ans

"Une vie secrète", le récit kafkaïen de républicains espagnols cloîtrés chez eux pendant trente ans
Les acteurs espagnols Antonio de la Torre et Belén Cuesta posent le 22 septembre 2019 lors du 67e festival du film de San Sebastian
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, publié le vendredi 23 octobre 2020 à 09h47

Survivre envers et contre tout. Même si cela veut dire se terrer sous terre pendant 30 ans. "Une vie secrète", récit poignant sur ces Républicains espagnols forcés à la clandestinité pour échapper à la répression du régime franquiste (1939-1975), sort mercredi en salles.

Ce film de 2H30 a été réalisé par trois réalisateurs basques: Aitor Arregi, Jon Garano et Jose Mari Goenaga, connus notamment pour le film "Handia" (2017), qui avait été présélectionné aux Oscars.

Dans ce nouveau film, les trois hommes s'intéressent à l'histoire vraie et peu connue, en France comme en Espagne, de centaines de "taupes", ces républicains qui se sont cloîtrés chez eux pour échapper à la dictature franquiste.

Un récit kafkaïen porté par un duo qui brise l'écran: Antonio de la Torre, 52 ans, qui incarne Higinio, partisan républicain andalou, menacé de mort par l'arrivée des troupes franquistes, et Belén Cuesta, 36 ans, (Goya de la meilleure actrice), dans le rôle de Rosa, son épouse.

Dans son trou creusé sous le sol de sa propre cuisine, Higinio est à la fois si près, et pourtant si loin de la vie, qui poursuit son cours malgré tout. C'est cette ambivalence que les réalisateurs ont souhaité montrer au spectateur et qui fait de ce film un film de résistants.

Car cette situation, qui devait être provisoire, durera jusqu'en mars 1969, date du décret qui prescrit tous les délits présumés commis avant la fin de la guerre civile (1936-1939).  

A travers ce film, "j'avais envie de raconter l'histoire de mon père (...) J'ai souvent entendu ma mère raconter comment ma grand-mère avait vécu la faim, la peur. Nous avons tous besoin de raconter, parler de la guerre civile", explique à l'AFP Antonio de la Torre, pointant l'"anomalie espagnole" qui fait que, 45 ans après la mort de Franco, la question autour de la mémoire historique demeure un sujet inflammable politiquement.

Le film jette aussi une lumière crue sur le sort des "femmes de rouge". Alors que les hommes ont pris la route de l'exil, ont été tués, ou réduits à la clandestinité comme Higinio, les femmes sont jetées à la vindicte populaire.

Dans le film, alors que les troupes franquistes sont à la recherche d'Higinio, c'est Rosa qui fait les frais de la vengeance de ses voisins mais aussi du régime: menaces, intimidations... On lui rasera même le crâne.

"Une vie secrète" s'attarde aussi sur les illusions perdues de ces hommes et femmes, combattants du fascisme, qui attendirent, pendant des années, que les alliés viennent les "libérer" du régime de Franco. Ce qu'ils ne firent jamais.

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