Une synagogue vide et un livre disent le destin des Juifs de Sarajevo

Chargement en cours
 Des fidèles prient pour le début de shabbat dans la synagogue de Sarajevo, le 23 février 2018

Des fidèles prient pour le début de shabbat dans la synagogue de Sarajevo, le 23 février 2018

1/5
© AFP, ELVIS BARUKCIC
A lire aussi

AFP, publié le lundi 05 mars 2018 à 13h15

Membre influent de la communauté juive de Sarajevo, Eli Tauber attend inquiet en ce vendredi soir l'arrivée des fidèles dans la synagogue: il faut dix hommes pour commencer la prière de début de shabbat.

Au soulagement de cet historien, ils seront onze, souvent âgés, et une femme, pour suivre l'office assuré par Igor Kozemjakin, représentant de la communauté au Conseil oecuménique de Bosnie: le rabbin de Sarajevo vit en Israël d'où il ne vient que pour Pessah et le Nouvel An. 

Les Juifs de Sarajevo sont désormais 700 à 800 selon Jakob Finci, 74 ans, président de la communauté. Avec 12.500 personnes, ils pesaient pour 15 à 20% de la population avant la Seconde guerre mondiale. 

Malgré les guerres et l'Holocauste, ils sont toujours là, dans cette ville dont ils ont bâti l'identité multiculturelle avec les Bosniaques musulmans, les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques. 

Récit de l'histoire des Hébreux lu à la Pâque juive (Pessah), c'est aussi leur destin que narre le vieux cuir de leur célèbre Haggada du XIVème siècle: cet ouvrage inestimable est exposé depuis fin février deux fois par semaine au Musée national. 

- Les flammes de l'Inquisition -

Expulsés d'Espagne en 1492, ces Séfarades avaient trouvé refuge à Sarajevo, sous tutelle ottomane. 

Les signes les plus immédiats de cette présence séculaire sont les vieilles stèles du cimetière juif de Borak, que l'écrivain yougoslave Ivo Andric décrivait comme les "lions" veillant sur Sarajevo.

La Haggada en est un autre, plus discret. Rédigée vraisemblablement près de Barcelone, elle serait arrivée en Bosnie au XVIIème, échappant à l'Inquisition. En difficulté financière, une famille juive la vend à la fin du XIXème au Musée national.

Au début de la Seconde guerre mondiale, la ville est soumise à la terreur des Oustachis pronazis, rejoints par de nombreux musulmans de Bosnie. Un officier allemand se présente au musée, raconte l'historien Enver Imamovic, 77 ans: "Son directeur, Jozo Petrovic, homme habile, lui répond qu'un autre officier l'a emportée la veille". 

L'ouvrage est caché sous le seuil d'une cabane de montagne, où il passe la guerre. Quant aux Juifs, ils sont regroupés dans les synagogues "avant d'être transportés vers les camps", raconte Zanka Dodig, conservatrice du Musée juif. 

Les quelque 12.000 noms de ceux qui ne sont jamais revenus s'alignent dans un livre suspendu au plafond de ce bâtiment installé dans le "Grand Temple", première synagogue de Sarajevo, construite en 1581 à quelques pas de la mosquée du Bey.

En 1954, un employé endetté vole la Haggada, mettant en émoi la Yougoslavie titiste. Elle est "retrouvée à la frontière avec l'Italie", dit Enver Imamovic. C'est lui qui en juin 1992, sous les bombes serbes, met la Hagadda à l'abri dans un coffre de la banque nationale.

La paix revenue, la Haggada n'est exposée que pour les grandes occasions. Mais désormais, une vitrine sécurisée et climatisée financée par la France, permet de l'offrir aux regards.

- 'Moins de 1.000' -

"Je considère vraiment Sarajevo comme une ville juive, parce que les Juifs ont trouvé ici une certaine paix", dit Eli Tauber.

Les portes de la synagogue, bâtiment de 1902 aux quatre tours rondes sur les bords de la Miljacka, "sont toujours ouvertes", insiste-t-il. "Personne ne vous demande votre carte d'identité, contrairement à Zagreb ou Belgrade, pour ne parler que de la région".

Andric a écrit que la Bosnie, "où vivent entassées quatre religions différentes aurait besoin de quatre fois plus d'amour, de compréhension mutuelle et de tolérance que les autres pays". Ce rêve a souvent été piétiné. 

Malgré la synagogue qui se vide, Jakob Finci veut croit que l'histoire des juifs de Sarajevo se poursuit. Selon lui, la Bosnie serait un pays "quasiment affranchi de tout antisémitisme", étranger aux 342.000 habitants de la ville, dont 82% de Bosniaques musulmans.  

Il ne dira rien de cette décision, fin 2016, des autorités locales de rebaptiser une école de banlieue de Sarajevo du nom de Mustafa Busuladzic (1914-1945), écrivain bosniaque antisémite, fusillé par les partisans pour collaboration avec l'occupant.

Certes, reconnaît Jakob Finci, "pour la première fois après plus de 450 ans, il y a moins de 1.000 Juifs à Sarajevo". Et lors du conflit de 1992-95, les deux-tiers des quelque 1.500 Juifs avaient fui. 

Mais 40% sont revenus et il n'y a plus de départs, insiste-t-il. "En 2016, il y avait douze nouveaux-nés. En 2017, un peu moins... Mais c'est bon signe".

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.

 
9 commentaires - Une synagogue vide et un livre disent le destin des Juifs de Sarajevo
  • Dans un pays qui se compose pour pres de 52 % d une population musulmane et parmi laquelle en 2010 on put considerer un regain de religion radicalisée salafiste, dont les membres (Plus de 300) se sont enrolés dans les troupes djihadistes en Syrie, il semble difficile aux religions minoritaires, chretiennes ou juive de trouver réellement leur place
    Comme au Kosovo, il semblerait que les pays d Europe ayant une majorité religieuse musulmane adoptent ce que l on constate dans les autres pays musulmans du monde une certaine intolerance envers les religions minoritaires. Ces pays tentent a devenir des pays qui adoptent l Islam comme religion d etat avec toutes les consequences
    Les traces, la culture, l architecture laissés par les autres communautés finissent par disparaitre et le passé historique sera bientot ignoré C'est cependant bien regrettable et ceci doit etre ajouté a tout ce qui atteint deja les communautés des Coptes, des Yezidis, des Chretiens d Orient et ceux d Afrique etc etc

  • Si je comprends l'article, c'est bien la France qui a payé pour sécuriser une relique juive à Sarajevo. Franchement, en quoi la France est-elle concernée ? Pourquoi donc ce n'est pas Israël qui a payé ? C'est un exemple parmi d'autres mais au final notre pays se retrouve avec 2200 milliards de dettes. Nos décideurs politiques ne se posent pas trop de questions quant à la juste utilisation de l'argent de nos impôts, et c'est bien regrettable.

    "Financé par la France", je pense qu'il s'agit de fonds privés recueillis par des Français Juifs...enfin, j'espère...! parce que s'il s'agissait d'argent public détourné pour financer des lieux de culte à l'étranger, je serais complètement d'accord avec lucobject...! et ce n'est pas de la mesquinerie, il y a des lois en France qui l'interdisent...!

  • La Bosnie se revendique chrétienne à près de 50 pour cent et autant pour l'islam . Je pense que ceux qui se réclament chrétiens devraient toujours se rappeler que Celui dont ils se réclament est le Premier des Juifs. De plus il fréquentât toute sa vie comme Marie, Joseph la Synagogue. Jésus était aussi Rabbin!!!
    Et que les apôtres comme premiers chrétiens à qui ils doivent tout ( cathos, orthodoxes protestants, évangélistes, baptistes) c étaient d'abord des juifs, d'où l'expression 'Judéo chrétien".
    Donc la moitié de cette population qui est chrétienne, toutes tendances, doit soutenir ses frères juifs, ses frères aînés, ceux auxquels elle doit tout et au plus grand d'entre eux!

    En fait la Bosnie Herzegovine est constituée aujourd'hui de 52 % de musulman et de 45 % de Chretiens catholiques (15 %) et Orthodoxes (30 %)
    En 2010 on constate une radicalisation importante dans la communauté islamique
    Le Pape a par ailleurs alerté sur la situation des catholiques de Bosnie dont de nombreux jeunes se sont dejà enfuis.....
    Il est bien regrettable de ne pas reagir bien plus souvent sur des situations qui mettent quelques verités en avant et permettraient egalement de comprendre certains conflits impliquant les memes causes

  • Et les monastères orthodoxes du haut moyen-âge détruits au Kosovo lors de l'épuration ethnique dont ont été victimes les Serbes...dans l'indifférence générale.......

  • Sarajevo ville musulmane orthodoxe et juifs ont fui mais tout va bien on tolère la dernière centaine pour faire semblant minables humanistes qui excusent et excusent leurs bailleurs saoudiens