Une bibliothèque ambulante au devant des enfants de Kaboul

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Des jeunes Afghans lisent des livres dans une bibliothèque abmulante le 4 avril 2018 à Kaboul
Des jeunes Afghans lisent des livres dans une bibliothèque abmulante le 4 avril 2018 à Kaboul
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© AFP, Shah MARAI
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AFP, publié le lundi 28 mai 2018 à 11h27

A peine la porte du bus ouverte, des dizaines d'enfants se ruent à l'intérieur et leurs petites mains agrippent les livres sur les étagères de la première bibliothèque ambulante de Kaboul.

Installée dans un bus bleu reconverti, "Charmaghz" - littéralement "la noix", en persan, associée à la réflexion pour sa ressemblance avec un cerveau - est inratable quand elle sillonne les rues poussiéreuses de la capitale afghane. 

Le bus offre gracieusement aux enfants des écoles et des rues l'accès à des livres de leur âge, qui manquent cruellement à la plupart d'entre eux. Et une échappatoire dans une vie de plus en plus confinée en raison de la recrudescence des attentats en ville.

"Les garçons, asseyez-vous dans le fond et les filles, devant. Il faut s'organiser, c'est important", lance l'un des trois volontaires alors que les gamins se bousculent pour attraper les ouvrages alignés le long des parois.

Le bus suit la même ligne six jours par semaine, s'arrêtant devant les écoles, les parcs et les orphelinats, deux heures chaque fois, avant d'appareiller pour sa prochaine étape.

A la différence des bibliothèques traditionnelles où les bavardages sont interdits, ici au contraire les voix des enfants, 300 par jour en moyenne, animent les travées de Charmaghz. 

Assis jambes croisées sur les tapis au sol ou attablés, la plupart lisent à haute voix le livre choisi parmi les quelque 600 offerts par les éditeurs afghans.

"Je viens ici une fois par semaine", indique à l'AFP Zahra, 13 ans. "Aujourd'hui je lis des conseils pour rester en bonne santé, ce qu'il faut faire, comment se nourrir... le soir, quand je rentre à la maison, je raconte ce que je lis ici à mes frères et sœurs."

La "noix" a été lancée en février grâce à une jeune diplômée d'Oxford, Fereshta Karim, qui, après avoir grandi dans un camp de réfugiés au Pakistan, a choisi de consacrer son temps à favoriser la lecture chez les enfants afghans - une chance qu'elle n'avait pas eue, petite fille.

"Quand j'étais gamine, nous n'avions pas accès à des bibliothèques pour enfants", explique la jeune femme de 26 ans qui a traversé la guerre puis le temps des talibans.

"Quand j'allais à l'école nous n'avions même pas de chaises pour étudier, on s'asseyait par terre!"

La bibliothèque ambulante, pense-t-elle, est un moyen "efficace" d'atteindre de nombreux enfants et donc d'élever le taux d'alphabétisme du pays, qui stagne autour de 36%.

- Pénurie de livres -  

Aujourd'hui encore, la plupart des écoles publiques n'ont pas de bibliothèques, relève Shafiullah, ex-employé de la principale bibliothèque de Kaboul qui a rejoint une ONG favorisant l'édition de livres pour la jeunesse.

"Les jeunes gens et les enfants n'ont pas accès à d'autres ouvrages que les livres scolaires", explique-t-il à l'AFP.

"Seules quelques organisations non gouvernementales soutiennent parfois la publication de livres pour enfants."

Les enfants afghans ne fréquentent l'école que pour une durée généralement limitée à moins de 5 ans (4,6 ans en 2017, selon la Asia Foundation).

Chaque jour, quelque 300 enfants profitent de la bibliothèque ambulante. Le bus, loué à une compagnie publique de transports, leur offre une retraite sûre et paisible, où ils peuvent lire, se rencontrer et jouer aux échecs.

Abbas, 15 ans, est en train de lire à ses amis la légende du héros perse Rostam et de son fils Sohrab. "A l'école, on a un choix limité", confie-t-il. "Ici on trouve à peu près tout."

Plus de huit millions d'enfants afghans sont scolarisés cette année, mais trois millions d'écoliers sont privés d'éducation,parce que leur école est fermée ou à cause du conflit et de la pauvreté, selon les statistiques officielles.

Fereshta Karim espère réunir assez de dons pour louer deux autres bus.

"Cette bibliothèque ne résoudra pas les milliers de problèmes de notre système, mais c'est un premier pas parmi tous ceux qu'il nous reste à accomplir", juge-t-elle.

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