Un Coran en soie pour préserver l'héritage culturel de l'Afghanistan

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L'Afghan Mohammad Tamim Sahibzada, maître ès miniatures et responsable des enluminures, montre un Coran en soie dans les 610 pages ont été peintes à la main, le 19 avril 2018 à la Fondation britannique Turquoise Mountain, à Kaboul
L'Afghan Mohammad Tamim Sahibzada, maître ès miniatures et responsable des enluminures, montre un Coran en soie dans les 610 pages ont été peintes à la main, le 19 avril 2018 à la Fondation britannique Turquoise Mountain, à Kaboul
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© AFP, WAKIL KOHSAR

AFP, publié le mercredi 23 mai 2018 à 13h58

Une prouesse rare vient d'être réalisée en Afghanistan: un Coran en soie dont chacune des 610 pages a été peinte à la main. Ses créateurs espèrent qu'elle soutiendra l'art pluriséculaire mais menacé de la calligraphie.

Une équipe de 38 calligraphes et peintres miniaturistes a oeuvré pendant près de deux ans pour créer cette œuvre d'art, reliée en cuir et pesant 8,6 kilos.

La plupart des artistes recrutés pour cette initiative ont été formés par l'institut de la Fondation britannique Turquoise Mountain, installée dans un vieux caravansérail de Kaboul, qu'elle a restauré. 

"Notre intention vise à garantir que l'art de la calligraphie ne va pas disparaître dans ce pays. L'écriture est une part de notre culture", indique à l'AFP le maître calligraphe Khwaja Qamaruddin Chishti, 66 ans.

La calligraphie, utilisée pour retranscrire le texte sacré du Coran, est particulièrement respectée en terre d'Islam et parmi les Arts islamiques.

"Quand il s'agit d'art, il est difficile d'avancer un prix... Dieu nous a confié ce travail (le Coran) et ça compte bien plus pour nous que l'aspect financier", poursuit M. Chishti.

Munis d'une pointe de bambou ou de roseau, M. Chishti et ses calligraphes sont restés penchés jusqu'à deux jours d'affilée sur chaque page pour recopier les versets sacrés, parfois davantage si la moindre erreur justifiait de recommencer à zéro.

Ils ont utilisé le naskh, l'écriture cursive élémentaire développée aux premiers temps de l'islam en remplacement du style coufique (ou kufi), car plus facile à lire et à écrire.

Il a fallu près d'une semaine par page pour réaliser ensuite les enluminures qui encadrent les versets.

Les artistes n'ont utilisé que des pigments naturels, du lapis lazuli broyé - la pierre emblématique du pays -, de l'or, du bronze, pour recréer les enluminures classiques de l'école de peinture d'Herat, dans l'ouest, encouragée par la dynastie des empereurs mogholes timurides, aux XVe et XVIe siècles.

- 300 m de soie afghane -

"Toutes ces couleurs nous sont fournies par la nature", souligne Mohammad Tamim Sahibzada, maître ès miniatures et responsable des enluminures.

Travailler sur soie pour la première fois a constitué un véritable défi, confie M. Sahibzada à l'AFP. Le matériau, 305 mètres de soie 100% afghane, a été préalablement trempé dans une solution concoctée à partir de graines de psyllium pour prévenir les fuites capillaires d'encre.

Turquoise Mountain (TM) a commencé à travailler à Kaboul en 2006 avec la restauration du caravansérail, afin de préserver l'héritage culturel et artisanal de l'Afghanistan mis à mal par les guerres successives.

La fondation protège et perpétue l'art de la céramique, la menuiserie et le travail du bois, l'orfèvrerie, les miniatures et la calligraphie.

Elle espère que la réalisation de ce Coran en soie générera de nouvelles commandes autour de textes islamiques, lui permettant de créer des emplois pour les artisans formés par son institut: "Nous allons le présenter dans différents pays musulmans et voir s'il est possible de pérenniser des emplois en amenant nos diplômés à travailler sur d'autres Corans", explique Abdul Waheed Khalili, directeur de l'Institut à but non lucratif.

Pour l'heure, le précieux Coran est conservé dans un coffrage en noyer spécialement créé pour le protéger, au siège de la Fondation dans le vieux quartier de Murad Khani.

C'est là que TM a formé et continue de former des milliers d'artisans avec le soutien du British Council et du Prince Charles, ainsi que de l'agence de développement américaine USAid.

"Recopier le Coran sur soie est un travail extrêmement rare", affirme Nathan Stroupe, directeur de TM pour l'Afghanistan. Pour lui, ce projet est "une formidable façon de former nos élèves conformément à la tradition et au plus haut niveau d'excellence."

"Si un prince saoudien ou un collectionneur à Londres se montrait intéressé, il (ce Coran sur soie) pourrait sans doute se vendre entre 100.000 et 200.000 dollars", avance-t-il.

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