Un an après la rébellion de Saint Laurent, la mode sort du cadre

Un an après la rébellion de Saint Laurent, la mode sort du cadre
Le Belge Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent à la fin d'un défilé à Paris, le 25 février 2020

publié le mercredi 28 avril 2021 à 18h00

Il y a un an, Saint Laurent était le premier à rompre avec les Fashion weeks face aux changements induits par la pandémie. Depuis, Gucci, Celine, Balenciaga et d'autres n'en font qu'à leur tête. Ce qui plait et fait vendre.      

Le styliste belge de Saint Laurent, Anthony Vaccarello, a placé mercredi son défilé virtuel automne-hiver 2021 dans un univers gris et "hostile" sur fond de banquise, deux mois après la semaine du prêt-à-porter féminin à Paris.

Avec des bodys métallisés et des cuissardes, l'abondance de mini-jupes et de décolletés associés à des chapkas en fourrure, cette collection vise à "bousculer les codes bourgeois de Saint Laurent", selon la maison. 

Des ourlets en fourrure sur des tenues colorées - vert, bleu, rouge, violet ou jaune moutarde - rappellent qu'il s'agit d'une collection "hiver". "Le contexte grave pousse à prendre les choses moins sérieusement", explique Anthony Vaccarello. 

Son précédent défilé numérique en décembre se déroulait dans le désert. Loin du cadre traditionnel des défilés Saint Laurent avant la crise sanitaire: au pied de la tour Eiffel. 

L'Italien Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, a lui aussi surpris avec sa collection Aria il y a deux semaines célébrant les 100 ans de la marque.

Les logos de Gucci et de Balenciaga, côte à côte, ornaient certaines pièces, dont la coupe rappelait les lignes de Demna Gvasalia, styliste de Balenciaga. Avec l'accord de ce dernier. 

Ce n'est pas une collaboration mais "du piratage", a plaisanté Alessandro Michele. Un coup de "génie" pour la critique de mode du New York Times Vanessa Friedman, permettant de donner un goût "anti-establishment" à une "marque de plusieurs milliards de dollars pourtant bien intégrée dans le système".

Dans la foulée, Demna Gvasalia a présenté une collection Balenciaga avec des images "photoshopées", de mannequins posant sur fond des principaux sites touristiques à travers le monde. La collection est accompagnée d'une vidéo avec des animaux de compagnie et des vagues, sans vêtements: un film qui tranche avec ses précédents défilés post-apocalyptiques et anxiogènes.

- Marché chinois porteur -

"Bien sûr, il y a plus de responsabilité dans ce rythme" choisi, a expliqué Alessandro Michele dans une interview à WWD, la bible de la mode, tout en disant se sentir "libre" et avoir retrouvé "la passion d'expérimenter".

"La mode n'est pas terminée et ne finira jamais - indépendamment de toute Fashion week (...) Elle peut s'autogérer", a-t-il estimé.

Les chiffres confirment ce constat: au premier trimestre, les ventes des géants du secteur comme Kering (Gucci, Saint Laurent, Balenciaga...) et son concurrent LVMH ont dépassé leurs niveaux d'avant la pandémie. L'Asie reste un moteur: LVMH y réalise des ventes en hausse de 86% par rapport à 2020, Kering de 83%.

C'est à Shanghaï que la collection Gucci-Balenciaga sera présentée dans les semaines à venir tout comme l'a été celle de prêt-à-porter homme de Berluti (LVMH), le 8 avril.  

C'est "un marché porteur" et "le seul endroit où l'on peut présenter les vêtements à un public vivant", a expliqué à l'AFP le directeur artistique de Berluti, Kris Van Assche, qui a quitté la maison la semaine dernière. Son départ a coïncidé avec les annonces du PDG de Berluti, Antoine Arnault, que la maison aura désormais son propre calendrier "pour maintenir le savoir-faire et l'innovation". 

Sans crier gare, Hedi Slimane de Celine (LVMH) l'a déjà fait avec deux films poétiques tournés dans des châteaux, à Chambord en février pour la collection homme et à Vaux-le-Vicomte le 14 avril pour la femme.

Souplesse due à la crise sanitaire ou début de la fin des Fashion weeks? Pascal Morand, président exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode, veut croire à un retour à la normale. "Si tout le monde sort du système, tout le monde est perdant. Dans ce contexte, il est bien qu'il y ait des garde-fous, des éléments de crédibilité" comme le calendrier officiel, déclarait-il à l'AFP en janvier à l'occasion de la Fashion week virtuelle. 

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