Trois syndicats de journalistes s'insurgent contre "un appel à l'autocensure" du Quai d'Orsay

Trois syndicats de journalistes s'insurgent contre "un appel à l'autocensure" du Quai d'Orsay

Les locaux du ministère des Affaires étrangères, quai d'Orsay à Paris, le 17 février 1996

AFP, publié le samedi 17 mars 2018 à 20h35

Trois syndicats de journalistes se sont insurgés samedi dans un communiqué commun contre une note du Quai d'Orsay aux médias pour les dissuader de se rendre en Syrie, dénonçant "un appel à l'autocensure".

Dans un communiqué intitulé "Liberté de la presse: à quoi joue le Quai d'Orsay ?", le SNJ, le SNJ-CGT et l'union syndicale CFDT-Journalistes estiment que "sous l'apparence de simples +recommandations+, cette note du Quai d'Orsay consiste en réalité à inciter les rédactions à rester à distance, et pire, à les inciter à ne pas acquérir et diffuser les reportages des journalistes indépendants qui couvrent le conflit sur place". 

"Cachez cette guerre que nous ne saurions voir", ironisent-ils en dénonçant un "appel à l'autocensure, et une vision rétrograde d'une profession qui serait condamnée, au nom de la sécurité, à se cantonner aux sentiers bien balisés de la communication et du journalisme embarqué".

Dans une note aux rédactions vendredi, la porte-parole du ministère Agnès Von Der Mühll dit vouloir attirer leur "attention sur les recommandations cruciales pour la sécurité des journalistes", dans "le contexte de recrudescence de la violence en Syrie, dans la Ghouta orientale et dans le district d'Afrin notamment".

"Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir renoncer à tout projet éventuel de vous rendre dans ce pays ou d'y envoyer des collaborateurs", écrit-elle.

"Une vigilance particulière devrait s'exercer lors de l'acquisition des reportages de journalistes indépendants s'ils ont été réalisés dans des conditions les exposant à des risques disproportionnés", ajoute la porte-parole.

Pour les syndicats,  le ministère "fragilise" ainsi "la position de ces reporters".

En outre, en rappelant aux rédactions "la nécessité de respecter les conditions juridiques d'entrée sur le territoire et d'exercice du métier de journaliste des pays voisins de la Syrie", il agit "comme pour donner raison aux autocrates qui ne cherchent qu'à cacher leurs exactions aux yeux du monde, qui emprisonnent et condamnent des journalistes coupables d'avoir voulu simplement exercer leur profession", selon le communiqué commun.

Ce n'est pas la première fois que le ministère des Affaires étrangères formule des recommandations à l'adresse des médias concernant les zones à risques.

Le Quai d'Orsay avait ainsi demandé début février aux journalistes de "surseoir" à leurs projets de déplacement en Afghanistan, rappelant "que la dégradation de la situation sécuritaire" dans ce pays "comporte des risques graves pour les journalistes qui y travaillent".

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20 commentaires - Trois syndicats de journalistes s'insurgent contre "un appel à l'autocensure" du Quai d'Orsay
  • c'est pas une nouveauté que le Quai d'Orsay donne des "recommandations" : tous les pays le font et quand je travaillais à l'international j'allais plutôt voir le site des Suisses, plus... neutres !
    Là ce qui est choquant est que notre gouvernement a les yeux de chimène pour les saoudiens qui ont inspiré, armé et financé Daech notamment... mais chut ! c'est nos amis.
    et tant pis pour les victimes civiles et très nombreuses sur place, et celles en France du retour de bâton !!!!

  • L'autocensure ? C'est tellement plus simple quand certains l'utilisent , et de plus c'est tout bon pour nos dirigeants .

  • avatar
    thie  (privé) -

    Devant le blabla ils sont très content que Bachar en finissent avec les ""fumeux groupes" si cher à Mr Fabius...

  • une fois que le journaliste aura été pris en otage ou tué les rédactions demanderont d'aller les chercher avec nos militaires.
    Les journalistes se croient toujours plus malins que les autres. Les recommandations ne sont pas faites pour rien

    " Les recommandations ne sont pas faites pour rien'

    C'est sur !
    Elles sont aussi faites pour ceux qui ne se posent pas beaucoup de questions.

  • Si par malheur il arrive quelque chose a un journaliste de l'un de ces syndicats, j'espère que le quai d'Orsay n'interviendra pas. ils auront pris leurs responsabilités.