Toulouse: le Pop Art (and More) de l'Américain Peter Saul aux Abattoirs

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Un visiteur parcourt l'exposition "Pop, Funk, Bad Painting and More" consacrée au peintre américain Peter Saul, le 19 septembre 2019 aux Abattoirs à Toulouse
Un visiteur parcourt l'exposition "Pop, Funk, Bad Painting and More" consacrée au peintre américain Peter Saul, le 19 septembre 2019 aux Abattoirs à Toulouse
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© AFP, PASCAL PAVANI

AFP, publié le dimanche 22 septembre 2019 à 12h34

Une explosion de couleurs, de portraits et de scènes déformés, caricaturés, un regard acéré sur l'environnement social et politique: les Abattoirs de Toulouse invitent à découvrir la carrière artistique de l'Américain Peter Saul, un des derniers contemporains du Pop Art.

Avec une centaine d'oeuvres - dont certaines inédites - couvrant 60 ans de création depuis la fin des années 50 jusqu'à aujourd'hui, cette rétrospective consacrée jusqu'à fin janvier 2020 à Peter Saul est la première organisée dans un musée en France depuis 1999.

Baptisée "Pop, Funk, Bad Painting and More", l'exposition, labellisée "d'intérêt national", salue le parcours de l'artiste dans chacun de ces mouvements artistiques du XXème siècle.

Un parcours marqué par sa grande liberté dans sa façon d'appréhender et de figurer l'histoire du monde et des Etats-Unis, abordée avec un regard critique singulier, un immense sens de l'humour, de la dérision et de l'exubérance.

Des marques de fabrique que l'on retrouve dès les premiers pas dans la nef des Abattoirs où est accrochée une partie du "musée" de l'artiste, sa galerie de chefs-d'oeuvre de la peinture signés Manet, David ou de Vinci notamment, revus et corrigés par lui-même.

Ainsi La Joconde devient-elle cette jeune femme brune aux yeux exorbités, vomissant des spaghettis et de la pizza. 

Dans une vision toujours aussi cartoonesque -- Peter Saul s'est très tôt intéressé aux comics -- trois cavaliers coiffés de bicorne-- un lapin rose, un crocodile vert et un canard bleu -- ont pris sur un cheval la place de Bonaparte franchissant le col du Grand Saint-Bernard.

Passé la nef, l'exposition suit la carrière de l'artiste selon un ordre chronologique, la salle "Pop" offrant un aperçu de ses premières oeuvres, notamment des collages peints réalisés en Europe après qu'il eut quitté les Etats-Unis, sans l'intention d'y revenir.

Nous sommes au milieu des années 1950. Installé à Paris, Peter Saul porte un intérêt croissant pour les comics américains et leurs planches colorées, et pour la société de consommation. 

"Il a une sorte de déclic, raconte Anabelle Ténèze, la directrice des Abattoirs. C'est le début de ses séries, les +Icebox+", dans lesquels s'amoncellent victuailles, dollars, armes, symboles de l'opulente American way of life. 

Un travail qui le rapproche du Pop Art. "Un artiste du Pop art est quelqu'un qui simplement traite des questions et des sujets de son temps", a commenté Peter Saul à Toulouse, présent à Toulouse pour l'inauguration de l'exposition.

-'Absurdité de la guerre'-

Dans les années 60, de retour aux Etats-unis, cette préoccupation est alimentée par les luttes, conflits et violences qui entachent et déchirent le pays: la guerre au Vietnam, les luttes pour les droits civiques. 

Le travail de Peter Saul bouscule, interpelle, invite sans cesse à la prise de conscience. Ainsi "Little Joe in Hanoï", une peinture envahie par la violence, la sauvagerie de la guerre. Le trait reste toutefois volontairement cartoonesque, ses personnages caricaturaux, déformés, dans une profusion de jaunes, de verts ou de roses criards, pour mieux souligner l'absurdité de la guerre.

Pour signifier les luttes à mener, il s'empare de la figure militante d'Angela Davies, qu'il met en scène avec une autre icône du XXè siècle, Mohamed Ali, ou qu'il représente empalée sur le building du "Dupartmint uf Justiss".

Ironie, anti-conformisme : la signature de Peter Saul se retrouve dans ses galeries de portraits, dont ceux de quelques présidents américains. Un absent: Barack Obama, parce que "je suis bon (en peinture) avec les mauvais garçons et désespérément pas avec les bonnes personnes", a plaisanté l'artiste de 85 ans.

Au registre des "bad boys": Bill Clinton, étreint par Monica Lewinsky, ou George Bush bombardant Bagdad. Quant à Donald Trump, "pourquoi le peindre quand tant d'artistes le font ?" a-t-il demandé lors de l'inauguration. Une guirlande de mèches blondes suffit.

"Je n'ai jamais cru que Donald Trump serait élu", a dit Peter Saul qui a confié avoir eu "une nouvelle idée" concernant le président américain: "le peindre en femme défendant la cause des femmes. Le transformer en femme puisqu'aujourd'hui, c'est des femmes qu'on attend le meilleur".

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