Toiles de Derain: la justice ordonne la restitution aux héritiers Gimpel

Toiles de Derain: la justice ordonne la restitution aux héritiers Gimpel
Claire Gimpel, héritière du marchand d'art juif spolié par les nazis, le 25 juin 2019 au palais de Justice de Paris

, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 21h21

La cour d'appel de Paris a condamné mercredi l'Etat à restituer trois toiles du peintre fauviste André Derain aux héritiers de René Gimpel, un grand collectionneur d'art juif spolié pendant la Seconde guerre mondiale.

Selon l'arrêt consulté par l'AFP, la cour a infirmé le jugement du tribunal correctionnel, qui avait refusé en août 2019 la restitution des trois œuvres, peintes entre 1907 et 1910 et conservées au musée d'art moderne de Troyes et au musée Cantini de Marseille.

Il existe des "indices précis, graves et concordants" selon lesquels les trois tableaux sont bien ceux qui ont été spoliés et "dont la vente est nulle", en application de l'ordonnance du 21 avril 1945, écrit la cour dans sa décision.

En première instance, le tribunal avait jugé au contraire qu'il subsistait des "incertitudes persistantes quant à l'identification des tableaux", qui ont voyagé, changé de nom et parfois été rentoilés au fil des décennies.

"C'est formidable", s'est félicitée auprès de l'AFP l'avocate des héritiers, Me Corinne Hershkovitch, qui avait entamé en 2013 des démarches auprès des musées. "La cour nous a suivis sur des points qu'on avait mis en avant et on est très contents d'être reconnus", a-t-elle ajouté.

Les descendants du galeriste parisien attendent encore de récupérer l'ensemble des œuvres spoliées ou disparues dans le tumulte de la guerre.

Après des années d'enquête, ils avaient affirmé avoir retrouvé les Derain, acquis par leur aïeul lors de la vente de la collection Kahnweiler en 1921 à Paris. Ils réclamaient au ministère de la Culture la restitution de ces toiles, "Paysage à Cassis", "La Chapelle-sous-Crecy" et "Pinède, Cassis".

René Gimpel, un des plus grands collectionneurs d'art du début du XXe siècle, résistant, avait fui Paris en octobre 1940 pour la Riviera française. Arrêté en 1944 et déporté au camp de Neuengamme, il est mort en janvier 1945.

Entre la décision de première instance et l'appel, les héritiers ont mandaté "deux chercheuses de provenance d'œuvres d'art afin d'établir un rapport scientifique à partir de l'étude des documents d'archives de la famille Gimpel et des archives publiques disponibles".

La cour estime que ce "travail très important, dont les premiers juges n'ont pas disposé, a permis de rectifier des erreurs antérieures et de préciser différents éléments permettant une meilleure connaissance des œuvres en cause".

Dans ses motivations, elle évoque une série de documents - notes, photographie, livre d'inventaire - pour tenter de retracer le parcours tortueux des œuvres. L'une d'elle, "Paysage à Cassis", a par exemple été envoyée à New-York, puis Londres, avant de revenir à Paris.

Le musée de Troyes a été mis hors de cause en première instance, n'étant que simple "affectataire" et non propriétaire des tableaux, enregistrés dans les collections nationales.

Le musée "prend acte de la décision" et "souligne qu'il a toujours coopéré avec les héritiers", a réagi mercredi l'avocate de l'établissement, Me Béatrice Cohen. "La Ville de Troyes rappelle qu'elle souscrit bien évidemment à la politique de restitution des biens spoliés".

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