Théâtre : la «Loi des prodiges», époustouflante

Théâtre  : la «Loi des prodiges», époustouflante
Francois de Brauer brosse le portrait hilarant d'une société proche de la nôtre.
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leparisien.fr, publié le dimanche 06 mai 2018 à 13h16

Dans «la Loi des prodiges», François de Brauer est prodigieux, incarnant une quarantaine de personnages dans un seul-en-scène hilarant.

A bas l'art ! Rémi Goutard, étudiant en histoire devenu député va porter une réforme radicale : éradiquer l'art et les artistes, improductifs selon lui. Pourquoi tant de haine ? On le comprendra au fil du récit épique dans lequel François de Brauer, seul en scène, entraîne le spectateur avec cette « Loi des prodiges », sorte d'enquête fractionnée sur les traces d'un écorché.

D'un épisode marquant de sa vie à l'autre, on suit le parcours du garçon, doué et psychorigide. Sa naissance et sa petite enfance, la schizophrénie de son père, scénariste incompris, ses amours, contrariés. Au plus fort de la contestation contre sa réforme, il est là, opposé à l'archétype même de l'artiste plasticien imbu de lui-même et imbuvable lors d'une caricature de débat télévisé courant après l'audience. Des témoignages de proches tentent d'aider à percer le mystère Goutard...

Une aisance et une fluidité épatantes

Physique à la Jim Carrey, grand, fin et souple, jeu généreux et gestuelle précise, de Brauer incarne avec truculence pas moins d'une quarantaine de personnages. A chacun son attitude, sa voix, sa posture, ses mimiques. Il est un bébé et un enfant de trois ans, un médecin, un artiste snob ou un présentateur goguenard, un clown-mendiant, Arletty, une psy argentine, des lascars ou encore un reporter...

Il passe de l'un à l'autre en un clin d'œil avec une aisance et une fluidité épatantes, bruite et occupe l'espace d'une scène nue, trois chaises mises à part. Le voici jouant l'un quand sa main appartient à un autre, ses incarnations discutent, s'invectivent, se battent...

Au travers de la question de l'utilité de l'art, il brosse le portrait hilarant d'une société proche de la nôtre. Assurément satirique, son écriture vive et espiègle lui fait souvent grossir le trait, mais il sait avec justesse où appuyer. Il sait affiner aussi. Plus sobre par à-coups sur la fin, il fait mouche. Et touche. Chapeau !

NOTE DE LA REDACTION : 5/5

«La Loi des prodiges (ou la réforme Goutard)», jusqu'au 13 mai au Théâtre de la Tempête. Cartoucherie de Vincennes (Paris XIIe) de 12 à 20 euros (01.43.28.36.36)

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