"The Cave", la vie d'un hôpital assiégé en Syrie au centre d'un documentaire

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Des Syriens entrent dans un tunnel conduisant à un hôpital souterrain, le 16 avril 2018 à Douma
Des Syriens entrent dans un tunnel conduisant à un hôpital souterrain, le 16 avril 2018 à Douma
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© AFP, LOUAI BESHARA

AFP, publié le jeudi 17 octobre 2019 à 09h30

Le réalisateur syrien Firas Fayyad a risqué sa vie pour documenter les atrocités du régime de Bachar al-Assad, et subi la torture en prison à cause de ses films.

Malgré les ongles arrachés et les chocs électriques, le premier cinéaste syrien à avoir été nommé aux Oscars, pour "Les derniers hommes d'Alep" (2017), sur le quotidien de secouristes, continue à vouloir raconter cette guerre qui dure depuis huit ans et que l'invasion turque dans le nord-est du pays au début du mois n'a fait que raviver. 

Son nouveau documentaire, "The Cave", projeté dans certains cinémas aux Etats-Unis à partir de vendredi, se concentre sur une jeune femme docteur qui dirige un hôpital clandestin aux portes de Damas, assiégé durant plusieurs années. 

"Elle en a tant vu, je ne pense pas que quiconque en vie --seulement les survivants de l'Holocauste-- en ait vu autant", a déclaré à l'AFP Firas Fayyad. "Ce siège barbare de la Ghouta orientale, le plus long siège dans l'histoire moderne de la Syrie,  personne ne peut imaginer ça".  

La docteur Amani Ballour a géré ce réseau souterrain de tunnels et de salles d'opération de fortune dans l'enclave rebelle, assiégée depuis 2013 par l'armée.

Elle et son équipe ont été les premiers à répondre aux bombardements d'une intensité inédite du régime syrien et de la Russie en 2018, jusqu'à ce qu'une attaque chimique les force finalement à fuir. 

Malgré ses actes héroïques, le réalisateur assure qu'elle n'a pas été facile à convaincre que son histoire pourrait intéresser le monde. 

"Pourquoi répondraient-ils présents alors qu'il y a d'autres problèmes bien plus importants autour de nous?", lui a demandé Amani Ballour.

"Je veux essayer", se rappelle-t-il lui avoir répondu. "Je ne pense pas que les gens seront capables de détourner le regard de ce que vous avez fait". 

Le résultat est un documentaire de 102 minutes, éprouvant, tourné par une équipe vivant toujours dans la Ghouta, montrant la vie sur et sous terre alors que les bombes pleuvent et que les victimes sont transportées d'urgence dans des brancards et des brouettes.

Pour ce film, produit par National Geographic et Danish Documentary Films, Firas Fayyad est resté en contact quotidien avec l'équipe sur place, leur demandant de dépeindre leur vie confinée sur le modèle du cinéma vérité, sans voix off ni interview face caméra. 

Au milieu de la tragédie, des scènes de vie quotidienne ponctuent le film, comme cette jeune infirmière usant de créativité pour faire à manger pour 150 personnes avec des ressources très limitées, ou une fête d'anniversaire secrète avec en guise de ballons des gants chirurgicaux gonflés .

- Espoir -

Une autre raison a poussé Firas Fayyad à placer Amani Ballour au centre de son histoire: elle était l'une des rares --peut-être la première-- femme directrice d'hôpital dans une société syrienne profondément patriarcale. On la voit, dans le film, prise à partie par le mari d'une patiente. 

Le cinéaste, qui a grandi aux côtés de sept soeurs, se dit extrêmement conscient du harcèlement et de la violence subie par les femmes refusant de rentrer dans le rang. 

"J'ai entendu des femmes torturées à cause de leur genre", raconte-t-il. "Parfois, j'entendais ces sons et c'était comme s'il s'agissait de ma mère ou de ma soeur".

Amani Ballour a finalement pu s'échapper dans le nord de la Syrie, puis vers l'Europe via la Turquie, rejoignant des dizaines de milliers d'autres réfugiés. 

Le réalisateur s'est lui échappé par la frontière avec la Jordanie, et balance désormais entre sa maison à Copenhague et son travail dans le nord de la Syrie.

Comme beaucoup, il s'alarme de la récente offensive turque contre une milice kurde dans le nord-est du pays.

"Ce qui arrive est très, très inquiétant puisque cela prolonge la durée de la guerre, et il y a plus de victimes", s'émeut-il, prédisant une nouvelle vague d'exode.

"Parce que je ne suis pas là-bas, je me sens coupable", ajoute-t-il. "Ce que je ressens, c'est qu'il faut faire quelque chose, faire entendre ces voix. J'espère apporter de l'espoir à ces gens". 

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