Six à table: pour les jurys littéraires, les temps sont durs

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Les écrivains français Frédéric Lenoir, Didier van Cauwelaert, Didier Decoin, Reha Kutlu-Hutin, Frédéric Vitoux, Michel Houellebecq et Irène Frain au restaurant Drouant à Paris le 25 novembre 2014
Les écrivains français Frédéric Lenoir, Didier van Cauwelaert, Didier Decoin, Reha Kutlu-Hutin, Frédéric Vitoux, Michel Houellebecq et Irène Frain au restaurant Drouant à Paris le 25 novembre 2014
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© AFP

, publié le samedi 24 octobre 2020 à 15h47

Crève-coeur pour les jurés qui décernent le prix Interallié: ils ont renoncé aux libations qui devaient leur permettre une deuxième sélection de romans. Car ces temps de pandémie sont durs, pour tous les jurys littéraires.

"En raison des règles installées avec la crise sanitaire dans les restaurants, le jury ne pourra se réunir demain", annonçait le 12 octobre la porte-parole du prix Interallié.

Ce jury exclusivement masculin ne se voyait pas, pour le moment, fonctionner autrement que d'habitude: une bonne table, et des délibérations qui pouvaient durer tard dans la soirée, autour d'une bouteille.

Depuis, la situation a empiré. Alors qu'il était déjà interdit d'être plus de six à table, maintenant le couvre-feu impose d'avoir terminé à 21 heures, de surcroît. Il y aura bien une sélection de finalistes le 12 novembre, pour décerner le prix le 18, selon des modalités qui restent à déterminer.

Leurs collègues du Femina, jury exclusivement féminin, disent faire contre mauvaise fortune bon coeur. "Nous nous mettons à six autour d'une table et six autour d'une autre, même si en ce moment ça n'est pas forcément indispensable parce qu'il y a des absentes. Sinon nous faisons ça en appartement privé", confie à l'AFP la secrétaire Anne de Caumont.

- Visioconférence -

Pour la remise du prix le 3 novembre, "il faudra que les gens soient assis et le restent. On n'aura plus de gens debout ni de micros tendus. On s'adapte, parce qu'il faut que notre vie culturelle, surtout, continue".

La solution peut aussi résider dans les nouvelles technologies... au détriment d'une certaine convivialité, bien entendu. C'est ce que tentent les académiciens du Goncourt.

"Mardi, afin d'éviter les déplacements de plusieurs d'entre eux qui n'habitent pas en Ile-de-France, ils se réuniront par visioconférence comme cela a été le cas plusieurs fois pendant le confinement", explique à l'AFP leur secrétaire Françoise Rossinot.

Le plus prestigieux des prix littéraires français avait déjà annoncé en septembre qu'il abandonnait pour son édition 2020 la cohue du salon Goncourt au restaurant Drouant. Les délibérations ont désormais lieu dans un salon plus grand du même établissement, et le vainqueur, le 10 novembre, doit être proclamé depuis le balcon.

Le jury de l'autre prix remis le même jour, le Renaudot, affirme qu'il continue jusqu'ici sans trop de perturbations, mais que le jour J, il pourrait exceptionnellement se réunir en plus petit comité que ses huit jurés actuels. "Entre les réunions de sélection nous communiquons par mail et téléphone. Rien donc que de très habituel, sinon que certains jurés sont pour l'heure retenus hors de Paris. Si nécessaire ils voteront par téléphone le 10 novembre", avance le président du jury, Georges-Olivier Châteaureynaud.

- "Public réduit" -

Même chose chez le Médicis, décerné le 6 novembre. "Nous échangeons beaucoup par mails collectifs à ce sujet et justement nous allons nous réunir par visioconférence lundi soir pour discuter des mesures que nous prendrons", indique à l'AFP Marie Darrieusecq, qui occupe la présidence tournante du jury.

L'Académie française, pour remettre son propre prix le 29 octobre, a dû réduire drastiquement sa liste d'invités sous la coupole. "La proclamation du Grand Prix du roman ne prendra pas, cette année, les formes traditionnelles et ne se fera qu'en présence d'un public réduit", lit-on sur son carton d'invitation.

Et pour les prix déjà remis, l'heure n'a pas vraiment été à la fête: distanciation, gel hydroalcoolique et masques...

Sur la photo du prix Landerneau des lecteurs 2020, remis mi-octobre, la lauréate Lola Lafon ("Chavirer") est immortalisée avec ce masque tout comme les présidents du jury à ses côtés, la romancière Karine Tuil et l'entrepreneur Edouard Leclerc.

Même chose pour le prix Gulli du roman jeunesse, remporté par Timothée de Fombelle ("Alma, le vent se lève"). "Masqués, à distance, nous n'en avons pas moins échangé avec passion, profondeur et légèreté", soulignait la présidente du jury, Michelle Reiser.

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