Serge Dassault, patron de presse avisé en affaires et interventionniste

Serge Dassault, patron de presse avisé en affaires et interventionniste
Serge Dassault, le 5 février 2002, à Paris
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AFP, publié le lundi 28 mai 2018 à 20h47

Entré dans la presse sur le tard, Serge Dassault fut pendant quelques années à la tête d'un empire médiatique pour ne garder finalement que Le Figaro, qu'il dirigeait personnellement et où il a été régulièrement critiqué pour son interventionnisme.

L'industriel et ancien sénateur LR, décédé lundi à 93 ans, a plus de 70 ans quand il part à la conquête de la presse, réalisant un vieux rêve familial. Son père avait fondé le magazine Jours de France dans les années 50, Serge Dassault rachète le groupe Valmonde (Valeurs actuelles). 

Il acquiert quelques années plus tard en 2004 la Socpresse (70 titres dont le Figaro et L'Express) au groupe Hersant, après une première tentative manquée.

Le PDG de Dassault aviation n'a jamais caché ses intentions et précise dès le départ qu'il souhaite racheter le Figaro "pour l'orienter peut-être". 

En 2002, mentionnant le quotidien sur France 5, il estime "je ne dis pas qu'il est trop à gauche, je dis seulement que l'on n'explique pas suffisamment à l'opinion la réalité économique telle qu'elle est vraiment dans les entreprises".

"C'était un actionnaire pas très facile, il voulait en permanence qu'on délivre son message : les 35 heures qu'il jugeait comme une catastrophe, les syndicats qu'il estimait nuisibles au pays, l'ISF qu'il voulait abroger", s'est rappelé sur Europe 1 lundi Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du Figaro de 2004 à 2007.

Très présent, Serge Dassault présidait depuis 2004 la Société du Figaro SA, le "Figaro Magazine" et "Madame Figaro". 

Ses relations avec la rédaction ont été chaotiques: les journalistes, s'alarmant de l'interventionnisme de leur actionnaire, adoptent à 93% dès son arrivée une motion rappelant les principes d'indépendance du journal.

Les points de friction vont de la place accordée dans le quotidien à un concert d'enfants donné à Corbeil-Essonnes, ville dont Serge Dassault est maire, à l'interdiction faite à un journaliste de rencontrer Andrew Wang, homme-clé du scandale politico-judiciaire dit "des frégates de Taïwan".

- Accusations de censure -

Plus récemment, le journal a été pointé du doigt pour avoir fait le strict minimum sur les affaires financières dans lesquelles Serge Dassault était impliqué et qui faisaient les gros titres de la concurrence.

Le quotidien a également été accusé de censure par Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France à l'élection présidentielle. Selon lui, Serge Dassault, soutien de François Fillon, lui aurait demandé de se retirer de la course en échange d'une meilleure couverture. Des accusations démenties par la SDJ et la direction du journal.

Le président Emmanuel Macron a quant à lui déploré dans Le Point l'été dernier que "la consanguinité entre une partie des industriels du secteur et la presse pose question", visant Le Figaro.

"C'était compliqué pour un journaliste de lui dire que oui, il pouvait passer son message mais que tous les jours c'est un peu trop", estime Nicolas Beytout, qui dirige aujourd'hui le journal L'Opinion.

"En revanche, c'était un industriel de presse exceptionnel", selon lui.

Quand il acquiert la Socpresse, le groupe s'empare non seulement du Figaro et ses déclinaisons, mais également d'un pôle imprimerie et de nombreux quotidiens régionaux comme Presse-Océan, Maine libre, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré. 

En deux ans, il revendra la plus grande partie des titres pour ne s'intéresser qu'au Figaro. 

"Il faut que les journaux soient plus rentables et perdent moins d'argent", explique-t-il à l'époque, dénonçant une presse française "vieillotte", qui n'est "plus adaptée aux besoins des lecteurs".

Aujourd'hui, Le Figaro affiche des résultats positifs et mise sur un chiffre d'affaires de 620 millions d'euros pour 2018, une hausse de près de 13%.

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