Sasha Waltz ou le politique au coeur de la danse à Avignon

Sasha Waltz ou le politique au coeur de la danse à Avignon
Sasha Waltz le 3 avril 2014 à Berlin lors d'une conférence de presse

AFP, publié le mercredi 11 juillet 2018 à 15h51

Dans "Körper" il y a 18 ans, l'Allemande Sasha Waltz évoquait les horreurs de l'Holocauste. Pour "Kreatur", présentée au Festival d'Avignon, c'est la crise des migrants qui inspire cette star de la chorégraphie contemporaine résolument engagée.

Des danseurs et danseuses qui escaladent un escalier blanc, seul élément scénographique, puis qui s'agglutinent l'un contre l'autre en arrivant au sommet évoquent la figure de réfugiés.

"On peut penser à un bateau transportant des migrants; ça reste très abstrait, mais c'est une réflexion sur les temps que nous vivons", affirme la chorégraphe de 55 ans dans un entretien au Festival d'Avignon où elle a été révélée en 2002.

Dans "Kreatur", créée à Berlin en juin 2017, "on voit des corps être déplacés avec violence et si on regarde dans le monde, il y a des gens qui n'hésitent pas à refuser de l'aide à ceux qui arrivent chez eux assoiffés", souligne Sasha Waltz.

- La prison comme inspiration -

Elle est parmi les personnalités culturelles en Allemagne qui se sont prononcées en faveur d'un accueil des migrants avec l'intensification du débat sur les réfugiés notamment venus de Syrie.

"Comme artiste, je ressens de plus en plus la nécessité d'être engagée (...) de faire des choses qui parlent de ce que nous vivons", précise Waltz.

La chorégraphe se dit choquée par le revirement de la politique migratoire dans son pays, au moment où les partisans de la fermeté triomphent en Europe et où la chancelière allemande Angela Merkel est contrainte d'infléchir sa politique d'accueil.

"En Allemagne, en France, on discute maintenant de ce que l'extrême droite demandait en 2015", s'indigne-t-elle.

"Comment peut-on accepter qu'on laisse ces réfugiés mourir sur un bateau? C'est contraire à toutes les valeurs humaines", assure-t-elle.

Pour créer "Kreatur", elle n'a pas fait les choses à moitié: "Nous avons visité une ancienne prison de la Stasi (police secrète dans l'ex-Allemagne de l'Est, ndlr) pour étudier l'idée d'enfermement et comment on y perd notre individualité".

Imaginer comment un groupe de 40 à 80 prisonniers s'agglutinaient dans un si petit espace a donné lieu aux principales images de "Kreatur", où les corps ne forment parfois qu'un seul ensemble.

Au-delà de la danse, Sasha Waltz, révélée à Avignon avec "noBody", a lancé en 2015 un festival, Zuhören, (Ecouter), pour faire des échanges avec des artistes issus de l'immigration.

- "Compagnie de migrants" -

"C'est une incroyable opportunité de rencontrer ces gens talentueux qui viennent dans notre pays", dit Sasha Waltz qui organise cette année des ateliers d'écriture pour des Syriennes et encourage des chorégraphes à créer une dabké (dance traditionnelle moyen-orientale) sous le titre "Amal" (Espoir en arabe).

Figure du "Tanztheater" -- danse très expressive proche du théâtre créée par la légendaire Pina Bausch--, Sasha Waltz va assurer en 2019 la co-direction du Staatsballett de Berlin aux côtés de l'actuel directeur du Ballet royal suédois, Johannes Öhman.

Leur nomination avait suscité une crise, les danseurs ayant lancé une pétition inédite comparant "cette désignation à celle d'un entraîneur de tennis à la tête d'une équipe de football", Sasha Waltz étant de formation contemporaine.

"Les choses se sont calmées", dit-elle. "On a parlé aux danseurs et on a surmonté le malentendu. Il ne s'agit pas de stopper l'héritage classique mais de donner de la place au contemporain, qui est le langage de notre temps". 

Elle continuera dans le même temps de créer pour sa compagnie, Sasha Waltz & Guests, fondée en 1993 et qui représente pour elle l'idée même de la diversité qui lui est chère.

"J'ai des danseurs de partout. C'est en quelque sorte une compagnie de migrants", souligne-t-elle.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU