Sahra Halgan, du statut de réfugiée politique aux Transmusicales

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Sahra Halgan aux Transmusicales de Rennes le 5 décembre 2019
Sahra Halgan aux Transmusicales de Rennes le 5 décembre 2019
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© AFP, Damien MEYER
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, publié le jeudi 05 décembre 2019 à 18h30

Figure emblématique dans son pays, le Somaliland, au sud de Djibouti, mais encore peu connue en France où elle a pourtant forgé sa voix à force d'obstination, la chanteuse Sahra Halgan tente une nouvelle fois de forcer le destin aux Transmusicales de Rennes, où elle se produit jeudi.

Née en 1972 dans une famille de poètes et de musiciens, elle a voulu dès ses plus jeunes années reprendre le flambeau de cet héritage culturel. Mais être une fille est presque rédhibitoire pour une telle ambition dans une société où le rôle d'artiste n'est pas vraiment dévolu aux femmes. 

A celle qui est devenue mère de sept enfants, "on disait toujours: +mais qui va se marier avec une fille qui chante?+". Dans cette société traditionnelle, "une fille qui chante, c'est mal vu (...) C'est très très compliqué, et ça l'est encore parfois, mais je voulais être libre", confie-t-elle dans un entretien avec l'AFP.

En 2015, après une vingtaine d'années en France où elle avait obtenu le statut de réfugiée politique en raison de la guerre civile dans son pays -des années de jeunesse où, raconte-t-elle, elle s'était improvisée infirmière sur le front et chanteuse pour réconforter les blessés-, Sahra Halgan est retournée vivre au Somaliland, le long du golfe d'Aden. Elle a créé un centre culturel, consacré à la musique et à la poésie, à Hargeisa, sa ville natale et capitale de cette ancienne colonie britannique qui revendique son indépendance depuis 1991 mais que la communauté internationale considère toujours comme partie intégrante de la Somalie.

En France, parallèlement à son travail de femme de ménage pour faire vivre sa famille, "le week-end, je chantais (...) C'était dur mais j'étais libre de continuer à faire ce que j'aimais (...) Je chantais dans les festivals pour le Somaliland, pour la communauté! Maintenant, je chante tous les jeudi et vendredi dans mon centre quand je suis à Hargeisa". 

- Chanter aux Trans, "un rêve de toujours" -

Une musique marquée par ces influences propres à la Corne de l'Afrique, mêlant aux traditions de la partie est du continent - l'Ethiopie est voisine - l'empreinte sous-jacente d'un Moyen-Orient si proche, de l'autre côté de la mer. Avec parfois des grooves lancinants rappelant le blues du désert.

Ecrites par son mari, ses chansons évoquent "l'amour, la tristesse, la nostalgie de l'exil, la réconciliation, la politique...", comme dans "Waa Dardaaran", une formule de politesse envers les notables qui donne son titre à son troisième album, sorti l'an dernier.

Dans ce morceau au titre éponyme, elle en appelle aux dirigeants politiques, leur demandant d'être à la hauteur de leurs responsabilités, de ne pas favoriser leur propre camp et de s'attacher à maintenir l'égalité entre les différentes composantes de la société. 

Le précédent disque était "plutôt acoustique, assez minimaliste", celui-ci est "plus punchy, beaucoup plus dansant, plus rythmé", fait valoir Aymeric Krol, l'un des deux musiciens qui l'accompagnent depuis dix ans. A la guitare électrique et aux percussions du trio d'origine s'est adjoint pour ce dernier album un clavier qui vient enrichir la palette musicale.

Dans ses voiles multicolores, Sahra Halgan a tourné dans le monde entier avec, jusqu'à présent, "un succès d'estime" alors qu'elle est "une icône" au Somaliland, relève le percussionniste qui, multipliant depuis une quinzaine d'années les allers-retours entre France et Afrique de l'ouest, dresse un constat: dans un univers musical mondialisé et très compartimenté, "ce n'est pas évident pour ceux qui chantent dans leur propre langue de se faire une place. On est vite catalogué +world+. Mais nous, on a voulu avec Sahra décoller cette étiquette +world+ pour faire quelque chose de plus rock, de plus rude, de plus rugueux" avec ce dernier opus.

Se produire aux Trans, c'est une "chance formidable", dit Sahra Halgan. "Cela a toujours été un de mes rêves de chanter pour ce festival!"

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