"Roseanne" déprogrammée, l'Amérique de Trump se fait rare dans les séries

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L'actrice Roseanne Barr photographiée à Pasadena, en Californie, le 8 janvier 2018
L'actrice Roseanne Barr photographiée à Pasadena, en Californie, le 8 janvier 2018
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© AFP, VALERIE MACON

AFP, publié le dimanche 03 juin 2018 à 08h09

Supprimée mercredi après un tweet raciste de sa star, "Roseanne" était l'une des rares séries télévisées représentant l'Amérique conservatrice, même si son succès d'audience et la prise de conscience qu'a entraîné l'élection de Donald Trump pourraient populariser le genre.

Une série instaurant dans son premier épisode diffusé fin mars un dialogue constructif entre une électrice convaincue de Trump, Roseanne, et sa soeur, démocrate virulente, personne n'avait encore osé.

Le pari avait été largement payant, car cette dixième saison de "Roseanne", diffusée plus de 20 ans après la neuvième, restera la série la plus regardée de l'année sur les grandes chaînes américaines.

Maintenant que ce "reboot" a été annulé après un tweet de la scénariste et actrice principale, Roseanne Barr, comparant à un singe une ancienne conseillère noire de Barack Obama, les séries populaires qui proposent une vision non caricaturale de l'Amérique conservatrice se comptent quasiment sur les doigts d'une main.

Il y a notamment "Blue Bloods" (CBS) et "One Day at a Time" (Netflix) qui présentent, dans des styles très différents, des discussions mêlant plusieurs sensibilités au sein de la cellule familiale.

Traditionnellement, la comédie et plus particulièrement les sitcoms ont été considérées comme le meilleur véhicule pour ouvrir une lucarne sur l'Amérique de droite.

Plusieurs séries, souvent inconnues en France mais considérées comme des classiques incontournables aux Etats-Unis, comme "All in the Family" (1971-1979) ou "Family Ties" ("Sacrée famille", 1982-1989), étaient, pour partie, construites sur les interactions entre sensibilités démocrates et républicaines.

Pour Dom Caristi, professeur à l'université de Ball State, le paysage audiovisuel à l'époque concentré autour de trois grandes chaînes (ABC, CBS et NBC) les incitait alors à réunir la plus large audience possible.

"Mais ce n'est plus le cas", dit-il. Aujourd'hui, "quelques millions de téléspectateurs suffisent" et pour beaucoup des quelque 500 séries en concurrence aux Etats-Unis, l'heure est à la segmentation.

- Du "Roseanne" sans Roseanne -

Selon plusieurs études, les programmes qui réussissent encore à réunir sympathisants de gauche et de droite sont, dans leur presque totalité, totalement dépolitisés, tels les émissions de téléréalité, les télé-crochets ("The Voice" ou "America's Got Talent"), les sitcoms comme "The Big Bang Theory", ou la série "The Walking Dead".

La polarisation de la vie politique américaine rend encore plus difficile d'aborder le sujet sans s'exposer à des critiques, voire à un rejet d'une partie de l'électorat, amplifié par les réseaux sociaux.

"Nous vivons dans un monde médiatique bizarre" où le seul fait de soupçonner qu'une série puisse être plutôt conservatrice ou progressiste va en détourner automatiquement une partie du public, explique Dannagal Young, professeure de communication à l'université du Delaware.

Mais Robert Thompson, professeur à l'université de Syracuse, estime que le succès de "Roseanne" ainsi que de la nouvelle série "Young Sheldon" (CBS), "spin-off" de "The Big Bang Theory" qui se déroule dans un Texas très conservateur, va encourager chaînes, plateformes et producteurs à se lancer dans d'autres tentatives.

"Il y a beaucoup de dirigeants de chaînes qui vont réfléchir à des séries comme +Roseanne+, mais sans Roseanne (Barr) dedans", dit en riant Robert Thompson.

Selon le site TMZ, ABC envisagerait d'ailleurs déjà un "spin-off" (un "dérivé") de "Roseanne", centré autour du personnage de sa fille Darlene.

Dannagal Young dit avoir été sollicitée par plusieurs organisations non partisanes qui cherchent à créer des programmes ou des films "qui pourraient nous aider à comprendre les gens qui se sentent ignorés, c'est-à-dire les électeurs blancs de Trump, la classe ouvrière rurale américaine".

Mais la chercheuse prévient que la comédie n'est pas, à son sens, le genre le plus adapté pour aider à faire entendre d'autres voix et, au-delà, à réunir les deux Amériques, rouge (républicaine) et bleue (démocrate).

Des études ont ainsi montré que conservateurs et démocrates avaient été confortés dans leurs opinions par la série "All in the Family", estimant que le programme ridiculisait l'autre camp.

"Ce dont une série comme ça aurait besoin", avance Dannagal Young, "c'est d'empathie, et la comédie n'est pas nécessairement bonne pour susciter l'empathie, alors que le drame, oui".

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