Robert Vallois, collectionneur passionné et mécène de l'art africain

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Le galeriste Robert Vallois à Paris le 21 octobre 2020
Le galeriste Robert Vallois à Paris le 21 octobre 2020
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© AFP, JOEL SAGET

, publié le vendredi 23 octobre 2020 à 09h07

Il a offert un musée au Bénin et passe ses journées entouré de 800 statuettes du Congo dans son bureau du Quartier Latin: à 83 ans, le marchand d'art Robert Vallois vit ses passions comme un enchaînement d'heureux hasards.

Avec un collectif de marchands amis, il a monté le "petit musée de la Récade" (du nom des sceptres du royaume d'Abomey), au sein d'un centre d'art près de Cotonou. Ils ont donné l'argent pour sa construction et offert les récades royales qu'il abrite désormais. Le musée est ouvert depuis cinq ans et reçoit 500 visiteurs par mois.  

Robert Vallois et ses amis avaient acheté, notamment en ventes publiques, ces sceptres ayant appartenu aux rois d'Abomey.  

"C'est une initiative totalement impromptue, inorganisée, qui est partie comme ça", raconte-t-il, amusé, soulignant ses très bonnes relations avec ses interlocuteurs béninois.

"On a donné ce petit musée, on l'a garni. On n'a jamais parlé de restitution. C'est dans le droit fil de la pensée (de) maintenant mais on ne savait même pas à l'époque. On n'abordait pas ça comme ça".

"On l'a fait avec le coeur, pas la tête. On est tombé dans le bain béninois, bain d'un pays d'artistes. Ca n'a rien coûté à personne, à part à nous", dit-il, tirant sur un énorme cigare Havane. 

L'oeuvre de collection, insiste ce marchand rétif aux débats idéologiques, "appartient à tout le monde. Ça n'appartient pas à un peuple, pas à un Etat, c'est universel. Est-ce que c'est vraiment important de dire: +c'est à moi+? Est-ce qu'il y a des désirs de revanche en disant +ça a été pillé+? L'important, c'est que ce soit fait, montré et vu par le plus grand nombre."

-"Ma galerie me permet mes fantasmes"-

Le contraste est saisissant rue de Seine entre sa très chic galerie d'Art déco au rez-de-chaussée et son bureau encombré, en haut d'un petit escalier qui craque: "Ma galerie, explique-t-il, me permet mes fantasmes". 

Les revenus qu'il en tire lui ont "permis de faire ce qu'(il) a fait au Bénin", raconte celui qui est arrivé à Paris dans le quartier des Halles en 1972, avant de rejoindre la rive gauche en 1981. 

L'Art déco est sa deuxième passion. "Dans les années 1970, nous étions une dizaine de passionnés qui avons réinventé un art des années 1915/20 passé dans les oubliettes".

"Bob" Vallois, comme on l'appelle dans le quartier, contemple les 800 objets du Congo qui l'entourent, avec, au-dessus d'eux, une trentaine d'objets esquimaux.

"Ce n'est pas une collection, c'est une simple collecte" d'oeuvres dont les prix vont de 200 à 20.000 euros, dit-il. 

Mais "ces oeuvres, il ne faut pas les toucher, c'est la vie de l'esprit. C'est mystérieux, lourd, il y a de l'histoire derrière chacune".

Ces statuettes sont du peuple lega, "un peuple très secret, opposé à tout pouvoir central et colonial" dans l'est troublé de la République démocratique du Congo. "J'ai tout acheté à Paris".  

L'art africain, observe-t-il, c'est "comme une religion, l'art de l'essentiel. Regardez ces visages! Avec trois coups dans l'ivoire, on transmet la joie, la tristesse, l'amour, le sexe, de manière essentielle et naturelle!".  

Sa vocation de collectionneur? "C'est venu avec l'abbé Pierre dans les années 1950. J'étais boy-scout à Monaco, on a vidé un appartement pour donner les objets". 

Son fils, le galeriste d'art contemporain Georges-Philippe Vallois, possède deux galeries dans la même rue. "Mais lui est marchand de tableaux, moi je suis brocanteur!".

Ressent-il de l'amertume alors que "le métier d'antiquaire qui attendait le client dans sa boutique" se fait de plus en plus sur Internet "à mille à l'heure": "Quand je prendrai un peu d'âge, ça viendra peut-être!"

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