Renaud Camus contre Yann Moix: décision le 6 juillet

Renaud Camus contre Yann Moix: décision le 6 juillet
Portraits de Yann Moix (à gauche, le 4 novembre 2013) et de Renaud Camus (à droite, le 8 octobre 2016).

AFP, publié le vendredi 01 juin 2018 à 18h43

Le tribunal correctionnel de Paris rendra le 6 juillet son jugement dans l'affaire de diffamation opposant l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus à l'auteur et chroniqueur Yann Moix, qui l'avait qualifié d'"assez antisémite".

Le 3 juin 2017, sur le plateau de l'émission "On n'est pas couché", sur France 2, les débats avaient porté sur Renaud Camus, théoricien du "grand remplacement" (par l'immigration) qui menace selon lui la civilisation française.

"Renaud Camus c'est un écrivain un petit peu misanthrope, assez antisémite", avait déclaré Yann Moix. L'écrivain Charles Consigny, invité sur le plateau, l'avait coupé: "Il est pas antisémite". "On va y revenir, en tout cas il est raciste", avait répondu M. Moix.

Renaud Camus, 71 ans, avait attaqué Yann Moix en diffamation s'agissant uniquement des accusations d'antisémitisme, pas de racisme, lui réclamant 30.000 euros de dommages et intérêts.

"Je suis victime depuis des années d'une sorte de légende urbaine qui s'attache à mon nom" au sujet de l'antisémitisme, a déploré l'écrivain à la barre, en l'absence de M. Moix, retenu pour des raisons "cinématographiques".

Il a expliqué considérer ces propos comme une résurgence de "l'affaire Camus" qui, en l'an 2000, avait conduit au retrait de la vente d'un de ses livres, "La campagne de France", après que plusieurs personnalités eurent dénoncé son "antisémitisme" - il s'y étonnait notamment du trop grand nombre de collaborateurs juifs d'une émission de France Culture, "Panorama".

"Ces accusations sont contraires à toutes mes positions, ma vie durant", a-t-il affirmé.

Pour sa défense, Yann Moix a produit un tweet de Renaud Camus dans lequel celui-ci estimait l'an dernier que "le génocide des juifs était sans doute plus criminel mais paraît tout de même un peu petit bras auprès du +remplacisme+ global".

"J'ai reconnu que l'expression +petit bras+ était stylistiquement tout à fait déplacée à côté d'une évocation de la Shoah", s'est défendu son auteur, assurant avoir voulu parler de "l'échelle modeste" des camps de la mort à l'égard du "+remplacisme+ global, qui concerne des centaines de millions de personnes".

La procureure a estimé que les propos litigieux n'étaient "pas suffisamment précis pour constituer une diffamation" mais auraient plutôt dû être poursuivis sur le fondement de l'injure.

Argumentaire également soutenu par l'avocat de Yann Moix, Jean Ennochi, qui sur le plan procédural a aussi plaidé que Renaud Camus n'avait pas rapporté la "preuve" des propos tenus par son client, puisque la vidéo n'a pas été diffusée à l'audience. Il a demandé au tribunal de le relaxer pour ce qui constitue une "opinion".

Renaud Camus avait été condamné en appel en 2015 à 4.000 euros d'amende pour provocation à la haine ou à la violence contre les musulmans, pour des propos tenus en 2010.

Il n'a pas poursuivi les propos le qualifiant de "raciste" car il plaide pour "un nouveau sens du mot +race+ et par conséquence du terme +raciste+", qui devraient selon lui revêtir une signification "purement culturelle, civilisationnelle, littéraire", a-t-il affirmé.

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