Ralph Fiennes ressuscite le mythe Noureev et son "saut vers la liberté"

Chargement en cours
L'acteur et réalisateur britannique Ralph Fiennes, à Paris le 30 mai 2019, pour la présentation de son film "The white crow"
L'acteur et réalisateur britannique Ralph Fiennes, à Paris le 30 mai 2019, pour la présentation de son film "The white crow"
1/2
© AFP, GEOFFROY VAN DER HASSELT
A lire aussi

AFP, publié le mercredi 12 juin 2019 à 13h22

1961: Rudolf Noureev passe à l'Ouest lors d'un voyage en France et devient le plus célèbre danseur de ballet au monde. La défection la plus médiatisée de la Guerre froide est portée pour la première fois au cinéma par Ralph Fiennes, fasciné par cette exceptionnelle "histoire d'autodétermination".

"Quand on évoque Noureev, les gens pensent à l'immense danseur parce qu'il a redéfini le ballet dans le monde occidental", affirme l'acteur et réalisateur dans un entretien avec l'AFP.

Son film "The White Crow" (Le Corbeau Blanc) sort en salles le 19 juin en France où, près de 60 ans plus tôt, à l'aéroport du Bourget, un danseur soviétique de 23 ans prononce cette simple phrase "Je voudrais rester dans votre pays" et entre dans l'Histoire.

Mais Ralph Fiennes 56 ans, qui réalise son troisième film, a voulu surtout peindre le petit garçon né au sein d'une famille pauvre de Tatars musulmans et qui devient un "jeune homme avec un extraordinaire sens du destin", un artiste "à la personnalité sanguine".

- "Le saut vers la liberté" -

Le film immortalise la scène où, face à des membres du KGB paniqués essayant de retenir Noureev (le danseur ukrainien Oleg Ivenko), un officier français s'interpose et lance "On est en France ici!". 

"Le grand saut vers la liberté", titre le lendemain la presse internationale qui y a vu une victoire du "monde libre". 

"Il a pris une décision sur où il allait exister. Il décide de quitter sa patrie car le système était tellement paranoïaque à propos de l'expression individuelle", rappelle M. Fiennes.

Comme dans les deux premiers films qu'il a réalisés -- "Coriolanus" (2011) et "The Invisible Woman" (2013) --, Fiennes est à la fois derrière et devant la caméra, jouant le rôle d'Alexandre Pouchkine, le professeur de ballet d'exception de Noureev en Russie.

Un choix qui a été imposé à l'acteur du "Patient anglais" et le Voldemort de Harry Potter: "Je ne le voulais pas, mais c'est un film très difficile à financer et on m'a dit +si vous êtes dedans, cela aiderait sa production".

Ralph Fiennes évoque "l'angoisse" de convaincre les producteurs du choix d'un danseur inconnu à l'anglais bancal pour jouer un grand rôle, perfectionner ses notions de russe mais surtout parler du danseur le plus connu de l'histoire moderne.

Lors de la tournée parisienne du Kirov de Léningrad (actuel Mariinsky de Saint-Pétersbourg), Noureev provoque l'ire du KGB en sortant avec ses nouveaux amis parisiens, le danseur Pierre Lacotte (Raphaël Personnaz) plus connu aujourd'hui comme chorégraphe, et Clara Saint (Adèle Exarchopoulos), ex-fiancée d'un fils d'André Malraux, alors ministre de la Culture.

Fondé sur la biographie de Julie Kavanagh, le film est ponctué de flashbacks: la naissance à bord du Transsibérien, la faim à Oufa, dans l'ouest russe, et un père dur opposé à ce que son fils danse. Enfant, "Rudik" n'avait pas de chaussures pour aller à l'école. Après sa mort en 1993 à Paris, une de ses paires de chaussons de danse est vendue 9.200 dollars (8.130 euros).

Le biopic évoque ses coups de sang et sa sexualité. "Il n'a jamais fait son coming-out mais n'a jamais caché son homosexualité", une fois en Occident, selon Ariane Dollfus, auteure de la biographie "Noureev L'insoumis".

- Traître ou ambassadeur ? -

"Il a été un traître pour l'Union soviétique mais le meilleur ambassadeur de la danse russe", selon Mme Dollfus. "Il a été un visage de la Guerre froide, des rebelles années 60 mais aussi des années sida", précise-t-elle. La maladie emporta la star à 54 ans.

Noureev a valorisé le rôle des hommes dans des ballets qui donnent la primauté aux ballerines, il a revisité des classiques un peu partout dans le monde, comme à l'Opéra de Paris où il a dirigé la danse de 1983 à 1989. 

En Russie, où il ne fut autorisé à retourner qu'en 1987 pour revoir sa mère mourante et ne fut réhabilité qu'après sa mort, son personnage divise toujours: en 2017, la première du ballet "Noureev" au Bolchoï, de Kirill Serebrennikov, aujourd'hui assigné à résidence, avait été retardé de six mois après une controverse sur une photo du danseur nu.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.