"Public, nous avons besoin de vous", le cri du coeur du ténor Jonas Kaufmann

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Le ténor allemand Jonas Kaufmann après son concert au Teatro Real, à Madrid le 14 janvier 2021
Le ténor allemand Jonas Kaufmann après son concert au Teatro Real, à Madrid le 14 janvier 2021
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© AFP, OSCAR DEL POZO

, publié le vendredi 15 janvier 2021 à 15h41

Cela faisait des mois qu'il n'avait pas chanté devant des spectateurs en chair et en os. A Madrid, le ténor allemand Jonas Kaufmann a souligné le "besoin" qu'ont les chanteurs lyriques de voir leur public et confié sa préoccupation pour la santé mentale des artistes.

"Ce qui nous manque" depuis le début de la crise sanitaire, "c'est cette connexion. Peu importe que les gens portent des masques. Je sentirai sans doute même leur présence derrière un rideau", a dit jeudi soir à l'AFP la star allemande du lyrique, avouant son "excitation" d'avoir chanté dans l'un des rares pays où les salles de spectacles sont restées ouvertes avec un strict protocole sanitaire.

"Ils sont là et c'est ce qui compte, même s'il y a 10 mètres entre moi et le premier rang!", a poursuivi le ténor, âgé de 51 ans, après avoir interprété au Théâtre royal de Madrid un répertoire de 27 morceaux, lieder et chansons, accompagné par le pianiste Helmut Deutsch.

"Pour moi qui suis toujours en tournée toute l'année, j'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas eu un public en face de moi", a-t-il confié dans sa loge, quelques minutes après être sorti de scène alors que son dernier concert au Danemark remontait à l'automne.

Car les spectacles virtuels donnés en ligne n'égalent en rien le public, selon lui. 

"Normalement, il y a les applaudissements et après on se détend, on commence à sourire et tout va bien. Mais quand vous n'avez que le silence éternel, que pouvez-vous faire? C'est gênant. Donc désolé mais... public, nous avons besoin de vous et nous avons de vous plus que jamais!", avait-il dit plus tôt en conférence de presse.

"Les gens ont besoin de se distraire, ils ont besoin d'oublier, ne serait-ce que pendant deux heures, tous leurs chagrins, et si vous leur retirez ce droit, en même temps que vous leur retirez tout le reste, je pense que c'est une énorme, énorme erreur", a-t-il poursuivi.

- Suicides -

Le ténor a par ailleurs voulu alerter sur les difficultés psychologiques provoquées par la pandémie chez certains artistes.

"Ce n'est pas facile d'évoquer ceci en public, mais je connais un certain nombre de suicides dans notre famille des musiciens, où ils ne voient aucun futur", évoquant "l'absence de perspective, d'aide, de soutien" chez "certaines âmes vulnérables qui ne voient aucune issue...", des situations "vraiment terribles".

Il s'est dit personnellement "privilégié" de pouvoir encore donner des concerts. "On est peut-être deux douzaines de chanteurs dans le monde dans cette position, à qui on va faire appel quoi qu'il arrive".

Enfin, le ténor a lancé un appel aux autorités, les exhortant à rouvrir les lieux de culture et à faire preuve d'inventivité pour maintenir l'art vivant.

"Nous ne sommes pas politiciens (...) nous ne sommes que des voix, et nous avons besoin des autres pour nous aider à créer quelque chose pour qu'à la fin de tout ça, et j'espère qu'il y aura une fin, nous trouvions un paysage culturel similaire à celui que nous avons laissé quand cette crise a commencé".

"C'est la toute première fois que la musique est ainsi éteinte en pleine période de crise", a-t-il insisté.

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