Pour diversifier le profil des comédiens, le Théâtre national de Bretagne réforme son concours

Pour diversifier le profil des comédiens, le Théâtre national de Bretagne réforme son concours

Le directeur du Théâtre national de Bretagne, Arthur Nauzyciel, le 31 octobre 2017 à Rennes

AFP, publié le vendredi 16 mars 2018 à 17h45

Dirigé pour la première fois en 26 ans par un artiste, le Théâtre National de Bretagne (TNB) de Rennes a décidé de réformer le projet pédagogique de son école et de son concours pour la rendre accessible aux jeunes issus de milieux "où la culture est absente".

"Ca fait 50 ans qu'on n'a pas essayé de faire des concours différemment", s'étouffe le comédien et metteur en scène Arthur Nauzyciel, qui a pris ses fonctions en 2017 et dont l'audace réformiste suscite des critiques relayées jusque dans une lettre de la Direction générale de la Création Artistique (DGCA).

Jusque-là, explique-t-il à l'AFP, on demandait de jouer une scène classique et une scène contemporaine de quelques minutes. Les candidats étaient généralement préparés grâce à des cours particuliers: "on voit surtout les professeurs qui les font répéter mais pas les élèves. 

C'est bien de juger sur une scène" mais "il faut aussi travailler sur le désir et l'idéal des gens", argumente le directeur, ancien élève d'Antoine Vitez au théâtre de Chaillot.

L'enfant des Ulis (région parisienne) "venu d'un milieu pas cultivé" et que "rien dans (son) histoire familiale ne destinait à diriger un théâtre", a voulu bousculer les codes en interrogeant d'abord les motivations des candidats, projetés dans un rôle de créateurs engagés et pas seulement d'interprètes.

Il a décidé d'"ouvrir l'école" du TNB et de la "rendre moins intimidante, accessible aux gens qui viennent de milieux où la culture est absente". Objectif: sélectionner vingt candidats qui vont constituer la 10e promotion d'acteurs et actrices de l'école.

Les écoles supérieures d'Art dramatique qui délivrent le DNSPC (Diplôme Nationale Supérieur Professionnel de Comédien) à l'issue des trois années de formation, "sont libres dans les concours et la pédagogie", a-t-il insisté.

- 'Regardés de haut' -

Venus de toute la France, mais aussi de Russie, du Québec (neuf nationalités étrangères), ils ont été 1.100, soit 400 de plus que la 9e promotion, à participer à la première phase du concours. Elle en est la grande nouveauté.

Les candidats étaient appelés à remplir en ligne un dossier de création, contenant deux vidéos tournées au portable et un questionnaire, conçu par un collectif d'artistes.

"Nous choisissons les candidats et ils nous choisissent", insiste M. Nauzyciel.

Les questions posées ont paru déroutantes et soulevé des inquiétudes, relayées dans la lettre de la DGCA.

Exemple: "Qu'est ce qu'un acteur engagé? Si vous aviez plusieurs vie que feriez-vous ? Quand et comment allez-vous mourir ?".

"Nous posons des questions d'acteur qui engagent l'imaginaire de l'acteur", justifie Arthur Nauzyciel accusé sur les réseaux de s'immiscer dans l'intime et de favoriser les candidats qui sont à l'aise à l'écrit.

Au contraire ! "Ce n'est pas un concours élitiste" et s'il fallait juger sur l'orthographe, "80 % des dossiers seraient passés à la trappe)". "On ne recrute pas une classe de profs de français" et "on n'attend pas des oeuvres littéraires".

L'idée est de "repérer des impulsions qui n'ont pas été exprimées au sein de la famille, de l'école, de l'environnement".

Il dit se montrer "souple" pour l'octroi de dérogations aux jeunes qui ne répondent pas aux critères prévus pour ce concours: avoir entre 18 et 30 ans, avoir le bac et un an de pratique théâtrale.

Arthur Nauzyciel s'insurge contre "le mépris qu'on a de ces jeunes, regardés de haut, considérés comme incapables d'écrire en trois semaines".

"Ce qui me choque, c'est l'idée selon laquelle les jeunes des milieux défavorisées ne seraient pas capables de saisir le langage" du théâtre, dit-il, ajoutant que "les dossiers les plus intéressants ne sont pas forcément à Sciences Po ou à Arts et Spectacles".

Pour lui, "chaque école doit défendre une originalité, sinon on est dans le formatage".

Preuve du succès du concours, avance-t-il, quelque 700 candidats ont déjà partagé leurs vidéos sur Youtube.

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2 commentaires - Pour diversifier le profil des comédiens, le Théâtre national de Bretagne réforme son concours
  • Un acteur engagé ? Attention ,il a intérêt a déclarer un engagement du "bon coté ", si non sa carrière risque d' etre très brève !

  • Ce qui est triste, c'est de constater que l'on parle maintenant en France de "milieux où la Culture est absente". Je salue l'initiative, mais il va leur falloir travailler la lecture et la mémoire !... Mais pourquoi pas ?