Polanski: une collectivité de Seine-Saint-Denis renonce à demander la déprogrammation de "J'accuse"

Polanski: une collectivité de Seine-Saint-Denis renonce à demander la déprogrammation de "J'accuse"
Roman Polanski à Deauville, le 7 septembre 2019

, publié le mercredi 20 novembre 2019 à 18h24

Face à l'opposition de directeurs de cinéma et d'élus, la collectivité Est Ensemble, qui regroupe neuf communes de Seine-Saint-Denis, a annoncé mercredi avoir renoncé à demander la déprogrammation du film "J'accuse" de Roman Polanski de ses six cinémas publics.

Mardi soir, le président socialiste de la collectivité, Gérard Cosme, avait annoncé lors d'un conseil de territoire vouloir déprogrammer le film, sorti en salles en pleine polémique après une nouvelle accusation de viol portée contre le réalisateur.

Le président de la collectivité est finalement revenu sur cette décision mercredi matin, après s'être entretenu avec les directeurs des cinémas.

"J'ai échangé avec eux sur la liberté artistique", a-t-il déclaré aux médias. "Après avoir entendu chacun, en mon âme et conscience, je maintiens la programmation de +J'accuse+", a-t-il ajouté, précisant avoir demandé que des débats accompagnent la diffusion du film.

L'annonce d'une déprogrammation avait suscité de très vives réactions de directeurs des cinémas concernés et d'élus du département, qui avaient dénoncé une "censure".

"Nous demandons dès à présent à nos élus la liste des cinéastes dont nous n'aurons plus le droit de programmer les films et la définition de leurs critères", avait ainsi écrit Stéphane Goudet, le directeur du Méliès, à Montreuil, sur Facebook, mardi soir. "Un comité de vérification de la moralité des artistes programmés est-il prévu, puisque la liberté individuelle des spectateurs n'est pas suffisante ?"

"Je suis également profondément convaincue que jamais la censure d'une œuvre ne plaidera pour quelque cause que ce soit", avait aussi déclaré sur le réseau social, Alexie Lorca, adjointe à la culture de la ville.

"Je suis atterré par cette décision à laquelle M. Polanski ne souhaite pas réagir", avait de son côté dénoncé l'avocat du cinéaste, Hervé Temime, auprès de l'AFP. 

Mercredi, les directeurs de cinémas se sont félicités du revirement de situation, en défendant leur liberté artistique. 

"J'estime qu'en programmant ce film je ne cautionne pas tous les violeurs de France", a déclaré Annie Thomas, directrice du Trianon à Romainville.

"J'ai choisi de le programmer en mon âme et conscience", a ajouté Anne Huet, directrice du 104 à Pantin, précisant avoir fait ce choix en septembre, "bien en amont" de la prise de parole de Valentine Monnier, qui a accusé le réalisateur de viol quelques jours avant la sortie du film.

"Il me semble fondamental de distinguer l'oeuvre de l'homme", a-t-elle ajouté.

Le film est arrivé en tête du box-office en France sur cinq jours dimanche soir, réalisant le septième meilleur démarrage de l'année pour un film français, selon des chiffres publiés lundi.

Mardi soir, une trentaine de militantes féministes ont brièvement bloqué l'accès au cinéma indépendant Utopia du centre de Bordeaux où était programmé "J'accuse", brandissant des pancartes et slogans accusant notamment : "Polanski violeur, cinéma coupable, public complice". Le cinéma a finalement décidé d'annuler la séance. 

Samedi soir, une autre séance avait été annulée à Rennes après l'intrusion de militantes.

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