Pinder en liquidation judiciaire : pourquoi les grands cirques souffrent

Pinder en liquidation judiciaire : pourquoi les grands cirques souffrent
Le cirque Pinder, une institution du cirque français, est en liquidation judiciaire.

leparisien.fr, publié le lundi 07 mai 2018 à 18h48

Depuis quelques années, Pinder est de moins en moins fréquenté. Plusieurs phénomènes expliquent ce déclin.

« Pinder est toujours en vie ! » C'est Gilbert Edelstein, son patron depuis 1983, qui le dit. Pourtant, cette institution du cirque traditionnel français vient d'être placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Créteil (Val-de-Marne). Cette décision devrait permettre de débloquer l'Assurance garantie salaires (AGS) pour payer les 120 salariés du cirque, relativise le patron. « Au tribunal de commerce de Créteil, on m'a dit que j'avais eu un geste de sagesse », nous assure-t-il.

Plusieurs phénomènes expliquent ce coup dur porté à ce symbole du cirque à l'ancienne qui élève son chapiteau rouge et jaune dans toute la France depuis 1854, année de sa fondation.

D'abord, insiste Gilbert Edelstein, le passage en 2014 à la semaine de 4,5 jours pour les écoliers a tout chamboulé. « En trois ans, on est passés de 450 000 scolaires par an, à 100 000 », calcule le roi de la piste. Entre 2014 et 2017, le chiffre d'affaires du cirque serait ainsi passé de 7,4 à 5,2 M€. Selon son patron, Pinder souffre également depuis les attentats : « Les gens ont peur de se retrouver dans des endroits avec du monde ».

« On se déplace à 100 véhicules à chaque fois »

La perte difficile à supporter pour ce cirque dont la spécificité principale est l'itinérance, un mode de vie qui coûte cher. « On se déplace à 100 véhicules à chaque fois. Il faut monter le chapiteau à chaque déplacement. Le spectacle, ce n'est que la cerise sur le gâteau », décrit le chef d'entreprise. Selon lui pour une place à 10 euros, seulement un euro revient au spectacle.

Un « show » dont les animaux sont les stars. C'est la spécificité, et une partie du problème. La captivité des bêtes fait de plus en plus débat. Alors que 19 pays européens ont interdit les animaux sauvages dans les cirques, « leur présence provoque la réticence d'une partie du public », estime Emilie Salaméro, sociologue, spécialiste des arts du cirque. « Ça va mal pour les cirques avec animaux et c'est irréversible. Les jeunes parents de 35 ans sont beaucoup plus sensibles qu'avant à cet aspect et choisissent des shows sans animaux », ajoute Alain Pacherie, patron du Cirque Phénix, voisin de Pinder sur la pelouse de Reuilly chaque hiver, dont les numéros se passent de félins.

Un fonds de soutien a été supprimé

Pour autant, ce dernier ne se réjouit pas des difficultés des grands cirques historiques. « C'est triste et il faut les aider », ajoute Pacherie. Les familles de la piste font souvent face au même problème. Des appels à Emmanuel Macron et au ministère de la Culture ont été lancés. Les cirques traditionnels « ne bénéficient pas de l'accompagnement des pouvoirs publics et de l'aide à la création », pointe Emilie Salaméro. La sociologue rappelle qu'un fonds de soutien pouvait les aider jusqu'au milieu des années 1990. Il a été supprimé.

En attendant une éventuelle « réactivation » de ce fonds, Gilbert Edelstein a annulé ses dates de printemps. Mais il sera présent à l'automne comme chaque année pelouse de Reuilly (Paris XIIe).

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