Pierre Bellemare, un pionnier parmi les pionniers

Pierre Bellemare, un pionnier parmi les pionniers
« La Caméra invisible », émission cocréée par Pierre Bellemare, piégeait des anonymes dans la rue dès 1964. Un concept maintes fois décliné depuis.
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leparisien.fr, publié le lundi 28 mai 2018 à 08h39

Décédé dans la nuit de samedi à dimanche, l'homme de télé a marqué des générations de Français avec ses émissions innovantes.

Tombé dans le chaudron de l'audiovisuel alors que le domaine en était à ses premiers balbutiements, Pierre Bellemare a été un de ceux qui ont construit la radio et la télévision en France.

A l'origine de nombreuses innovations, il a fondé en 1958 sa société de production, Técipress. De là, il a produit pour la radio, télévision et au-delà, sonorisant ainsi un temps les grandes surfaces.

Camelot génial, il popularise le téléachat

Georges de Caunes disait de Bellemare qu'il était « un excellent représentant de commerce égaré à la télévision », le « serial conteur » et vendeur qu'on connaît lui donnera raison en 1987. Un an plus tôt, victime d'un rajeunissement d'antenne sur Europe 1, Bellemare est sans contrat, ni à la radio ou la télévision.

La destinée place à son côté dans un avion un homme qui lui parle de Home Shopping Network, une chaîne de téléachat qui fait un tabac aux Etats-Unis. Dans la foulée, Hervé Bourges, patron d'une TF 1 bientôt privatisée, l'appelle pour lui demander des programmes...

Bellemare propose, entre autres, « le Magazine de l'objet », bientôt « Téléshopping », la première émission de téléachat de France. Maryse Corson l'accompagne. Lors de la première émission, il vend des œufs d'autruche décorés, des couteaux Laguiole et des lampes à pétrole américaines... Il présente l'émission sept saisons.

Le savoir-faire acquis par sa société de production Técipress lui fait rapidement créer d'autres séquences de téléachat sur des chaînes concurrentes, La Cinq et M 6 notamment... Il vendra Técipress en 1996 à cette dernière, chaîne sur laquelle son fils, Pierre Dhostel, suit la voie de son père en présentant depuis 1988 « M 6 Boutique ».

Il importe le prompteur des Etats-Unis

Anne-Sophie Lapix, Arthur ou Yann Barthès peuvent lui dire merci. Comme la plupart de leurs collègues, ces animateurs auraient bien du mal à présenter leurs émissions sans leur prompteur, c'est-à-dire une caméra dotée d'une glace sans tain sur laquelle défile leur texte. Ce procédé, né aux Etats-Unis dans les années 1950, est repéré par Pierre Bellemare au cours d'un voyage en 1957. Le futur camelot en chef comprend immédiatement le potentiel de cette nouvelle invention.

Mais à son arrivée en France, la technologie est loin de faire l'unanimité. Roger Gicquel et Philippe Gildas l'adoptent immédiatement pour leurs journaux télévisés. Léon Zitrone ou Yves Mourousi boycottent ce nouvel outil. Tout comme Jean-Pierre Pernaut, qui a toujours refusé son utilisation.

Féru d'histoires

C'est en 1957, sur Radio Luxembourg, que Pierre Bellemare lance « Histoires vraies ». L'idée lui en vient après le retentissement provoqué par le lancement de son émission « Vous êtes formidable ». Diffusés le dimanche à 20h30, ces récits scotchent immédiatement les auditeurs. Un succès tel que certaines de ses histoires authentiques inspirent même le cinéma, donnant naissance aux films « la Vache et le prisonnier » ou « Un taxi pour Tobrouk ».

Conscient d'avoir marqué les esprits, Bellemare relance cette émission plusieurs fois, notamment en 1972 sur Europe 1, et même sur TF 1 en 1980. 72 épisodes de treize minutes, diffusés juste avant le journal de 20 heures ! Au sommet de sa gloire, Pierre Bellemare dispose d'une dizaine d'auteurs qui lui écrivent ses textes qui, après avoir été lus à l'antenne, sont compilés dans des livres aux titres éloquents : « C'est arrivé un jour », « Quand les femmes tuent », « Les assassins sont parmi nous », « la Peur derrière la porte », ou « Issue fatale ».

Allô, les auditeurs ?

Et voici l'interactivité à l'antenne. En 1956, Pierre Bellemare anime « Vous êtes formidable ». Imaginée avec Jacques Antoine et Louis Merlin sur Europe 1 qui se lance alors, cette émission appelle ses auditeurs à agir pour une cause et leur donne la parole. C'est une première en France. Chaque mardi, après avoir entendu « L'amour des trois oranges », de Prokofiev, ils peuvent appeler...

Et Bellemare et l'équipe de la station naissante n'hésitent pas à leur demander de l'aide, appelant en direct aux dons ou à des collectes. Ou à venir en aide aux familles des 262 mineurs tués dans un accident à Marcinelle, en Belgique. Des particuliers prennent leur voiture et rallient la Belgique selon un parcours établi par la radio avec des étapes annoncées à l'antenne. Des millions de francs sont ainsi récoltés en plein mois d'août 1956.

La première caméra cachée, c'est lui aussi

À l'affût des nouveautés avec son équipe de Técipress, sa société de production, Pierre Bellemare repère tout le potentiel d'une émission américaine à succès, « Candid Camera », qui piège des passants dans la rue. Le concept avait déjà été expérimenté dix ans auparavant dans « la Boîte à sel », il s'agit là d'en faire une émission propre.

Bellemare produira avec Jacques Rouland « la Caméra invisible », diffusée sur la 2e chaîne de l'ORTF à partir de 1964, un jeudi par mois en général. A la présentation, Jean Poiret mais aussi Pierre Tchernia ou bien sûr Bellemare. C'est Jacques Legras qui sévit souvent, piégeant des anonymes dans des canulars filmés depuis une camionnette.

Le succès est limité au début. Mais un best of diffusé le 1er janvier 1965 sur la 1re chaîne, déjà la plus regardée, assoit le succès de l'émission, qui durera jusqu'en 1971.

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