Philip Roth misogyne? Après sa mort, le débat revient

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L'écrivain Philip Roth, le 2 mars 2011 à Washington
L'écrivain Philip Roth, le 2 mars 2011 à Washington
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© AFP, Jim WATSON
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AFP, publié le jeudi 24 mai 2018 à 07h58

Philip Roth était-il misogyne ? La question, posée depuis longtemps sur ce géant de la littérature américaine, est revenue en force au lendemain de sa mort, survenue en plein mouvement #MeToo.

Au milieu des multiples hommages rendus au grand écrivain, le thème de la relation de Philip Roth aux femmes était largement débattu mercredi sur Twitter, avec une foule de commentaires négatifs. 

"Adieu Philip Roth, tu étais un grand écrivain et un immense misogyne (...), obsédé par le sexe mais mal-aimé et même peut-être méprisé par les femmes", tweetait ainsi Ruth Robinson, une Londonienne.

Un professeur de l'université britannique de Portsmouth, Charlie Leddy-Owen, évoquant son livre "Le théâtre de Sabbath" (1995), soulignait lui que ce roman était "l'un des meilleurs et l'un des plus dégoûtants" qu'il ait lus, avec "ses personnages principaux sexistes et narcissiques".

Les accusations ne datent pas d'hier. Elles ont commencé dès la fin des années 1970, alimentées par une scène extrêmement froide de violence conjugale dans son livre "Ma vie d'homme" (1974). 

Naviguant en permanence entre autobiographie et fiction, Roth, dans son roman "Tromperie" (1990), imaginait d'ailleurs son personnage principal confronté au tribunal à des accusations de misogynie. 

- "Simples miroirs" -

En 2006, Julia Keller, critique pour le Chicago Tribune, disait de Roth qu'il était "un grand écrivain avec un énorme défaut: ses femmes n'ont pas d'âme", réduites dans ses ouvrages à jouer le rôle de "simples miroirs" des hommes.

Des personnages féminins dépourvus selon elle de toute épaisseur, plus encore que chez John Updike, autre écrivain américain, contemporain de Roth, souvent accusé lui aussi de misogynie.

En 2008, la féministe Vivian Gornick, dans le prestigieux Harper's Magazine, comparait l'attitude de Roth à celle de l'écrivain Saul Bellow, prix Nobel 1976: "Si la misogynie de Bellow était comme une bile insidieuse, chez Roth c'est de la lave qui jaillit du volcan", disait-elle. 

L'ex-compagne de Roth, Claire Bloom, a contribué à lui forger cette réputation en le décrivant dans son livre de 1996, "Leaving the Doll's House" (Quitter la maison de poupées), comme un égocentrique misogyne.  

Pour Jacques Berlinerblau, qui enseigne Philip Roth depuis 20 ans à l'université de Georgetown à Washington et travaille à un livre sur Roth et les femmes, ses romans comprennent, pour les étudiants d'aujourd'hui, des passages "vraiment dérangeants".

"Ses écrits sont misogynes", a-t-il estimé sans hésiter mercredi, avant de s'interroger: "Comment fait-on avec un grand artiste qui dit des choses condamnables ?" 

"J'ai toujours été surpris que le mouvement #MeToo ne l'ait pas rattrapé, ne serait-ce que pour regarder de près ses écrits", a-t-il ajouté. 

Blake Bailey, biographe et ami de Roth, a lui souligné que Roth s'inquiétait de l'effet "chasse aux sorcières" du mouvement #MeToo. "Il craignait qu'il parte en vrille et nuise à des innocents".

Mais il n'était "certainement pas pour le harcèlement sexuel et tout autre comportement abusif. Il était l'un des hommes les plus honnêtes que j'aie connus", a ajouté Bailey. Et le biographe de citer pour preuve la présence d'"au moins cinq de ses +ex+" à son chevet au moment de sa mort.   

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