Phénomène autour de "Crazy Rich Asians", rare film au casting 100% asiatique

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L'équipe du film "Crazy Rich Asians" Jimmy O. Yang, Henry Golding, Awkwafina, Michelle Yeoh, l'auteur Kevin Kwan, Constance Wu et Ken Jeong à New York City, le 15 août 2018
L'équipe du film "Crazy Rich Asians" Jimmy O. Yang, Henry Golding, Awkwafina, Michelle Yeoh, l'auteur Kevin Kwan, Constance Wu et Ken Jeong à New York City, le 15 août 2018
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AFP, publié le jeudi 16 août 2018 à 08h25

Tempête sur les réseaux sociaux, déferlement médiatique: le film "Crazy Rich Asians", sorti mercredi, déchaîne les passions aux Etats-Unis et au-delà, étendard proclamé d'une communauté avec sa distribution 100% asiatique.

Le long métrage est adapté du livre du même nom, écrit par Kevin Kwan et traduit en français sous le titre "Singapour millionnaire" (2013). Il ne sortira en France que début octobre. 

Après les premières projections de mercredi, les estimations ont été relevées et voient désormais le film approcher 30 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord dès dimanche, soit son budget de production.

Il s'agit du premier film d'un studio hollywoodien avec une distribution presque intégralement asiatique depuis "Le club de la chance" ("The Joy Luck Club"), une production beaucoup plus modeste, d'il y a 25 ans (1993).

Dans cette comédie romantique de facture très classique, Rachel Chu (Constance Wu), New-Yorkaise d'origine chinoise et professeure à l'université NYU, accepte de rendre visite à la famille de son petit ami Nick Young (Henry Golding), à Singapour.

Elle va découvrir que Nick est l'héritier d'une famille de promoteurs immobiliers d'origine chinoise parmi les plus riches d'Asie, et se trouver confrontée à un milieu dont elle ignore tout.

Le film joue à fond la carte glamour et jet-set à grands coups de faste, entre demeures gigantesques et robes de créateurs, au sein de la très haute société des Chinois de Singapour.

- "Il est temps" -

A Hollywood, choisir des acteurs d'origine asiatique pour jouer des personnages qui le sont aussi n'allait pas de soi. Kevin Kwan a ainsi affirmé avoir refusé une première adaptation dans laquelle Rachel aurait été blanche.

Selon une étude de l'université californienne USC Annenberg, 44 des 100 films qui ont réalisé les meilleures recettes en 2016 aux Etats-Unis n'avaient aucun personnage d'origine asiatique.

Mais le "whitewashing" -- la tendance d'Hollywood à tout confier à des Blancs -- ne passe plus aussi bien aujourd'hui, comme en témoigne une série de polémiques ces dernières années.

Le choix de Scarlett Johansson pour incarner l'héroïne de "Ghost in the Shell" (2017) ou de Tilda Swinton pour jouer le rôle de l'Ancien dans "Doctor Strange" (2016) ont ainsi déclenché des mouvements de protestation d'une ampleur inédite.

"J'espère que dans dix ans, nous repenserons à ce moment et nous aurons oublié", a expliqué le réalisateur Jon Chu lors d'un entretien à la chaîne CBS, diffusé mercredi. "Une distribution entièrement asiatique? C'était un sujet?"

Jon Chu ne cache pas s'être mis une pression colossale pour ne pas décevoir, cherchant les bons accents, l'exactitude des références culturelles et la musique adaptée.

"Vous sentez que votre film est plus que pour vous-même", a-t-il résumé. "Nous sommes au début d'un voyage, et je crois que (ce film) en ouvre la porte."

La comédienne d'origine chinoise et malaisienne Michelle Yeoh, qui incarne la mère de Nick dans le film, a déjà obtenu des premiers rôles à Hollywood, mais "cette fois, c'est différent, parce que le moment est venu pour nous", a-t-elle expliqué lors d'une interview au site Build.

Beaucoup ont en tête un autre tournant qu'a pris Hollywood cette année avec "Black Panther", qui a ouvert portes et fenêtres à la minorité noire dans le monde du cinéma et de la télévision.  

"Il est temps que nous soyons représentés" au cinéma et à la télévision, a poursuivi Michelle Yeoh, héroïne de "Tigre et Dragon" (2000). "Regardez autour de nous. Nous sommes une culture très variée. Les Asiatiques, les Afro-Américains, nous appartenons à l'ADN de cette société ici aux Etats-Unis."

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