Paroles de trans au Festival d'Avignon

Paroles de trans au Festival d'Avignon
Le metteur en scène Didier Ruiz, le 12 avril 2016 à Paris

AFP, publié le jeudi 12 juillet 2018 à 16h32

"J'ai appelé mon amie et je lui ai dit +je ne veux plus jamais m'appeler Laura+". Raul est l'une des personnes trans venues témoigner au Festival d'Avignon de leur transition sexuelle, de la souffrance à la délivrance.

"Trans (més enllà)" ("Trans au-delà" en catalan), l'émouvant spectacle du metteur en scène franco-espagnol Didier Ruiz qui a rassemblé sur scène des Barcelonais racontant leur passage d'homme à femme ou de femme à homme, a reçu une "standing ovation".

Neus Asencio 

"Au collège, on m'insultait, on me crachait dessus".

"Quand j'étais ado, je regardais l'album familial, et ce garçon, c'était pas moi. C'était mon visage, mais ce corps ne me correspondait pas. Un jour, sur un coup de tête, je les ai toutes déchirées. Mes seules photos datent de ces 10 dernières années".

Raúl Roca, autrefois Laura

"Je suis un homme et je n'ai pas de pénis. On n'a pas besoin d'un pénis pour être un homme".

"Le premier jour à la plage après la mastectomie, j'arrive à la plage, je marche sur le sable, j'enlève ma chemise... et je me jette à l'eau".

Sandra Soro, autrefois  

"Mes proches me faisaient tout le temps des commentaires comme quoi j'avais une voix masculine, les épaules larges... Un jour, une amie m'a dit: +Qu'est-ce que tu fais avec cette carrure?+ J'ai répondu: +Je suis une femme championne de natation+.

"Mon fils de 14 ans me dit: +Papa, t'as les seins qui poussent+. Je lui ai dit: +Papa est un peu différent, je vais bientôt tout t'expliquer+. Un après-midi, dans un centre commercial, il me dit +Papa, tu veux qu'on regarde des vêtements de femme pour toi?+ J'en ai eu les larmes aux yeux".

Clara Palau, autrefois Laurent

"Je voulais connaître une femme pour oublier celle que j'avais en moi. J'ai rencontré ma compagne quand j'avais 18 ans et elle 17. Les enfants sont nés (...) On s'est éloignées petit à petit. J'essayais de lui expliquer que je voulais m'habiller en femme. Elle pensait que j'étais un homme qui s'habillait en femme. J'avais envie d'arrêter ce mensonge".

"L'autre jour, elle a pris un soutien-gorge ordinaire à elle, et m'a dit: +Essaie-le+. J'ai eu honte, il y a 6 mois encore, j'étais son mari. Elle me traitait comme si j'étais sa copine de toujours. Je l'ai prise dans mes bras, et on s'est mises à pleurer".

Ian de la Rosa, autrefois Rosa Maria

"Les gens te demandent ce que signifie "être un homme". J'en ai pas la moindre idée. Je savais pas ce que c'était "être une femme" non plus. Mais ce que je sais, c'est ce que signifie faire partie du +club des machos+.

Quand j'entre dans un restaurant, avec ma mère ou ma compagne, c'est moi qu'on regarde en premier parce que je suis le mec. C'est à moi qu'on donne l'addition, alors que j'ai pas un rond". 

"Un jour, un vendeur me dit +C'est l'été ! Des filles en bikini!+ J'ai pas su quoi dire. D'un côté j'étais content parce que c'était la première fois qu'on me voyait comme un homme. D'un autre, je sentais que je m'étais trompé de camp".

"Mon père est resté silencieux pendant 6 mois. Imagine, t'as une fille, et à 24 ans, elle te dit: +En fait, je suis un garçon+. T'as pas de manuel".

Leyre Tarrason 

"Quand j'ai commencé mon traitement hormonal, mes proches m'ont dit qu'ils commençaient à voir ma féminité. Ce mot +féminité+ m'a causé un conflit intérieur, entre ce que j'entendais, je pensais et je ressentais. Parce que je crois pas que la féminité apparaisse d'un coup. Chacun a sa propre féminité".

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