Paris : mais où iront les tulipes de Jeff Koons ?

Paris : mais où iront les tulipes de Jeff Koons ?
L'oeuvre de Jeff Koons ne sera pas installée devant le Palais de Tokyo comme elle aurait dû l'être.
A lire aussi

leparisien.fr, publié le lundi 28 mai 2018 à 20h37

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé que l'oeuvre offerte à la France par l'artiste américain ne serait pas installée devant le Palais de Tokyo. Reste à trouver un nouvel emplacement. Aucun accord n'a été trouvé ce lundi soir.

Les fleurs de la discorde, suite mais pas fin. L'oeuvre monumentale de l'artiste américain star Jeff Koons, « Bouquet of Tulips », 12 m de haut et 33 tonnes, ne sera pas installée sur l'espace de bitume entre le musée d'art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo, tout près de la Tour Eiffel et du Trocadéro, comme cela avait d'abord été annoncé par la maire de Paris, Anne Hidalgo. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, l'a déclaré dans le Figaro ce dimanche.

Ce lundi soir, une réunion a rassemblé le ministère de la Culture, la Ville de Paris et les représentants de l'artiste en France, pour sortir du chapeau un nouveau lieu qui serait « populaire, périphérique et attirant du monde, des touristes », nous dit l'un des participants. Sauf que cette réunion s'est mal passée. Les représentants de Koons n'ont pas apprécié de découvrir dans la presse que le lieu changeait. L'artiste ne veut pas installer ses tulipes géantes n'importe où. Les participants doivent se revoir en juin. Et rien n'est exclu : pas même, finalement, de revenir devant le Palais de Tokyo...

Jeu de dupes et coups bas

À l'origine, cette oeuvre avait été proposée par l'ambassade américaine à Paris, au lendemain des attentats de 2015, comme un hommage aux victimes. Koons, contacté, avait lui-même souhaité que ce « cadeau » soit installé tout près du Trocadéro, dans un lieu emblématique et fréquenté par des touristes du monde entier. La Ville de Paris avait donné son accord.

Et puis, patatras. Début d'un jeu de dupes et de coups bas. Ces derniers, signés souvent par des intellectuels français du milieu de l'art. Beaucoup haïssent ce que représente Koons, comparé à Trump dans certaines tribunes. Un philosophe français va jusqu'à proposer ironiquement de revendre son bouquet sur Le Bon Coin, cette bonne blague écrite en toutes lettres dans un grand quotidien.

Le psychodrame continue

Pourtant, tous ne sont pas de cet avis. Fabrice Hergott, très concerné puisqu'il dirige le musée d'art moderne de la Ville de Paris devant lequel l'oeuvre aurait été installée, trouve celle-ci « magnifique ». Mais la cabbale est lancée. D'autant que l'oeuvre veut rendre hommage à la France blessée par les attentats. Mais de quoi se mêle le champion des ventes records sur le marché de l'art, disent certains.

D'autres problèmes plus concrets se posent. Même si l'oeuvre est offerte grâce à un mécénat privé, elle imposerait des travaux importants pour renforcer les fondations du Palais de Tokyo. Cet immense espace ne dépend pas seulement de la Ville de Paris, mais aussi du ministère de la Culture, qui commande un audit, inquiétant financièrement, sur ces travaux.

Aujourd'hui, Françoise Nyssen veut sortir de ce pataquès « par le haut », confie-t-elle au Figaro. « Fin du drame », écrit le quotidien. Mais pas du psychodrame. Car beaucoup adaptent leurs éléments de langage depuis la polémique.

« Jeff Koons est très peiné »

À la Ville de Paris, on dit aujourd'hui que l'oeuvre est un « geste d'amitié à la France au lendemain des attentats », mais elle ne constituerait pas un hommage direct aux victimes des attaques. Bref, on en minimise la portée symbolique. Ce qui fait s'étrangler les représentants de Jeff Koons en France, comme Emmanuelle de Noirmont, son ancienne galeriste, qui est allée chercher les mécènes pour payer l'oeuvre : « Celle-ci représente une main qui offre 11 tulipes et non pas 12, le chiffre de la plénitude. La 12e est manquante. Bien sûr qu'elle est liée aux attentats. Jeff Koons est très peiné et déçu, depuis plusieurs mois, de n'entendre que des commentaires négatifs, d'être réduit à une personne purement mercantile et commerciale. »

L'oeuvre, achevée depuis plusieurs mois, est actuellement entreposée en Allemagne dans l'un des ateliers de l'artiste de 63 ans.

On ne sait plus quoi penser de cette affaire où tout le monde semble se repasser la patate chaude ou les tulipes d'acier. Sont-elles belles ? C'est au public d'en juger. Encore faut-il qu'il en ait la possibilité.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.