"Pandemia", l'oeuvre en noir et blanc de l'artiste argentine Marta Minujin

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La plasticienne argentine Marta Minujin devant son oeuvre "Pandemia" exposée au Musée national des Beaux Arts de Buenos Aires, le 23 mars 2021
La plasticienne argentine Marta Minujin devant son oeuvre "Pandemia" exposée au Musée national des Beaux Arts de Buenos Aires, le 23 mars 2021
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© AFP, RONALDO SCHEMIDT

, publié le vendredi 26 mars 2021 à 07h47

Reconnaissable à ses cheveux platine et à ses tenues multicolores, la plasticienne argentine Marta Minujin a créé "Pandemia", sa première oeuvre en noir et blanc qui reflète, selon elle, l'obscurité dans laquelle le Covid-19 a plongé le monde.

"C'est ma seule oeuvre en noir et blanc, un tableau noir parce que ce qui se passe est sombre", a expliqué à la presse l'artiste de 78 ans quelques heures avant la réouverture du Musée national des Beaux Arts de Buenos Aires où la pièce est exposée. 

"C'est une oeuvre qui correspond à la réalité que nous vivons. En général, celles que je fais ne sont pas comme ça. Toutes mes peintures sont fluo", rappelle la plasticienne, figure du pop-art latino qui fut une des premières à se lancer dans les performances et les happenings dès les années 1960.

Pour cette oeuvre imposante, d'environ 2x2 mètres, l'artiste s'est attachée à découper et coller des milliers de bandelettes de tissu noir et blanc qui composent un tableau tout en nuances de gris.

"Tous les jours depuis avril 2020 et jusqu'à aujourd'hui, j'ai collé des bandelettes, cinq heures par jour, j'en ai collé 26.500", raconte Marta Minujin. "C'était aussi une forme de méditation que je faisais en écoutant les nouvelles et ce qu'il se passait dans le monde", ajoute-t-elle. 

Le confinement strict imposé en Argentine pendant les premiers mois de la pandémie l'a particulièrement affectée. "Quand la pandémie a commencé, avec cet isolement brutal, je voyais tout en noir, tous les jours c'était des morts, des morts", relate-t-elle. 

- "Seule et ça m'a plu" -

"Les gouvernements sont devenus totalitaires, il fallait suivre les ordres, nous n'étions pas habitués. Cela a été un changement de vie brutal", raconte l'artiste qui avait fait sensation en 2017 à la Documenta de Cassel (Allemagne) en créant un "Parthénon de livres" grandeur nature composé de plus de 100.000 livres frappés de censure. 

Pendant ces mois difficiles, l'artiste raconte avoir gardé le contact avec le reste du monde grâce à Instagram, où elle montrait la progression de son travail et recevait des messages de soutiens. 

"Comme j'étais seule, c'était ce qui me stimulait. Lorsque je fais des oeuvres gigantesques je suis toujours entourée de milliers de personnes, mais celle-là je l'ai faite seule et cela m'a plu", dit-elle.

Le directeur du Musée national des Beaux Arts de Buenos Aires, Andrés Duprat, explique que l'oeuvre a été installée de façon à être aussi visible sur l'envers où "Marta a tenu une sorte de journal de bord en notant des statistiques et des impressions".

"C'est un travail fantastique, totalement dédié à la réalité de la pandémie", souligne le responsable du musée. L'œuvre est complétée par une vidéo qui montre le processus de création, "aussi important que l'œuvre elle-même", précise-t-il. 

Marta Minujin prévoit désormais de se lancer dans la création d'une nouvelle oeuvre qui s'appellera "Vaccination mondiale" avec des "bleus indigo, la couleur des blouses (des médecins) avec un mélange de blanc et de gris". 

"Si je continue comme ça sans pouvoir voyager, le mieux que je puisse faire c'est une autre oeuvre pendant un an", conclut-elle.

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