Olivier Carrié, l'art du vivre en sample

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Olivier Carrié, alias Uncle O, pose pour l'AFP le visage masqué, le 26 novembre 2019 à Paris
Olivier Carrié, alias Uncle O, pose pour l'AFP le visage masqué, le 26 novembre 2019 à Paris
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© AFP, Martin BUREAU

, publié le vendredi 06 décembre 2019 à 08h00

Inconnu du grand public, Olivier Carrié est pourtant une figure de la pop culture au sens large, avec des pochettes d'album pour les Rolling Stones, Texas, et ses compilations "Shaolin Soul" garnies des pépites originales samplées dans le hip-hop.

"Uncle O.", son alias en tant que DJ, dévoile ce vendredi le 5e opus de ce travail d'archéologue avec "Shaolin Soul plays Motown", une plongée dans ce label mythique de Detroit, carburateur à déhanchements qui fête cette année ses 60 ans.

C'est le résultat "d'une centaine d'heures d'écoute sur une période allant de la fin des années 1960 aux années 1980, en cherchant dans les albums car il n'y a pas de raretés dans les 45 tours", explique-t-il à l'AFP.

De quelles trouvailles est-il le plus fier ? Il cite d'abord "l'intro de la compil', "A brighter tomorrow" de Switch, un interlude un peu funk de la fin des années 1970 signé par Tommy et Bobby DeBarge, titre qui sera samplé par De La Soul. 

Il mentionne ensuite le 21e et dernier titre de sa compilation, signé Smokey Robinson, "Baby come close" qui inspirera NxWorries. Enfin, "Friend to friend" de Diana Ross, morceau "assez détonant chez Motown, car produit par Bernard Edwards et Nile Rodgers - soit le groupe Chic". Une incongruité qui n'avait pas échappé aux radars du groupe M.O.P.

- "Écouter les originaux" -

L'aventure a commencé en 1998, un peu par hasard. Gros fan du Wu-Tang Clan, Olivier Carrié repère dans sa collection de vinyles - il dit en avoir "20.000 entre ma maison et celle de mes parents, pas que de la soul, car je suis un peu large tout en étant pointu" - les morceaux d'origine découpés par RZA, cerveau du collectif de rap new-yorkais. 

Il en fait une cassette et Emmanuel de Buretel (patron du label Because) - qui l'a rencontré alors qu'il était animateur d'une radio libre - le convainc de sortir cette sélection. Le nom est tout trouvé puisque le Wu-Tang cultive une imagerie kung fu. 

"RZA lui même sortira dix ans après la mienne sa compil' sur le même principe, nommée +Shaolin Selection+", rappelle "Uncle O." "L'idée pour moi était d'amener le jeune public du rap à écouter les originaux", souligne-t-il. Le tout à une époque où internet balbutie. Ce qui ne veut pas dire que la quête soit plus facile aujourd'hui.

Le "digger" (chercheur d'or) n'a ainsi pas pu utiliser une production de Stevie Wonder - "son catalogue est gelé, sans doute dans l'attente d'une sortie".

- Visage masqué -

Si Olivier Carrié dévoile l'ADN du rap, il ne montre pas son visage. Pour la série photos avec l'AFP, il choisit un bonnet et un masque façon ligne claire. "Je n'ai jamais trop aimé les photos, même en famille, je trouve le mystère plus intéressant", confie-t-il, inspiré par le groupe The Residents, aux traits inconnus.

Il avoue en revanche son âge - 57 ans - et mille vies. Une section beaux-arts en terminale, des flyers et affiches réalisées à Lyon pour une école d'ingénieurs qui organise des concerts, puis la radio libre où il fait connaissance d'Emmanuel De Buretel qui le pousse à être DJ aux Bains Douches à Paris. 

"La nuit, car le jour j'étais attaché de presse aux Bains Douches et je +bookais+ des concerts". Puis viendront les pochettes d'album. Comme la photo intérieure - avec les squelettes - de Voodoo Lounge des Rolling Stones: "je ne suis pas crédité, mais ils m'ont payé", sourit-il. 

Il y aura aussi, entre autres, Texas pour Ricks Road, puisque c'est lui - quand il organisait leurs tournées - qui les mettra en relation avec le photographe Jean-Baptiste Mondino. "Je ne démarche pas, mais peut-être que je devrais être plus à l'attaque pour des choses qui me correspondent plus musicalement, même si je ne regrette rien", conclut-il.

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