"Notre vie est là", clament les étudiants qui "habitent" le théâtre de Strasbourg depuis 4 jours

Chargement en cours
Des étudiants en théâtre jouent pour demander la réouverture des salles de spectacle, le 12 mars 2021 à Strasbourg
Des étudiants en théâtre jouent pour demander la réouverture des salles de spectacle, le 12 mars 2021 à Strasbourg
1/3
© AFP, PATRICK HERTZOG

, publié le vendredi 12 mars 2021 à 17h08

Vivre de son art et retrouver un public. A la fois étudiants et futurs intermittents du spectacle, les élèves du Théâtre national de Strasbourg (TNS) poursuivent vendredi leur mobilisation au quatrième jour de leur "habitation" du théâtre.

"On dort là, on mange là, toute notre vie est là", explique Mathilde Waeber, étudiante de 1re année de la section mise en scène.

Depuis mardi après-midi, environ 45 élèves ont décidé de rester jour et nuit dans le grand bâtiment du théâtre, où ils continuent de suivre leurs cours. 

"On a le théâtre à nous, on a installé des matelas de camp, des sacs de couchage", tout en respectant des distances sanitaires et en réalisant des tests Covid régulièrement, raconte l'étudiante. Les "habitants" du TNS ont décidé de ne pas autoriser l'accès à des personnes de l'extérieur.

A 13H00, les portes s'ouvrent soudainement. Les étudiants sortent réaliser une performance dansée sur le parvis du théâtre, s'achevant sur un puissant cri commun.

"Nous avons besoin de vous, de votre soutien", interpelle un étudiant. Ce "forum" quotidien est l'occasion d'échanges avec les passants et de lectures de texte.

- Marasme -

Ancien élève du TNS, Hugues De La Salle est venu apporter son soutien. Il se sent "très redevable" à leur égard pour cette action "qui donne de l'espoir".

"On ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé. Cela fait dix ans que je suis intermittent et déjà je ne sais pas ce qui va se passer pour moi, alors pour eux qui arrivent dans ce marasme là...", souligne le comédien de 36 ans, qui n'a pas joué devant un public depuis septembre.

Aux fenêtres du bâtiment, des banderoles avertissent d'une "espèce en voie de disparition" ou d'une "culture sacrifiée, génération en péril".

Leur déclic a été l'occupation depuis jeudi dernier du théâtre parisien de l'Odéon par des acteurs de la culture. Parallèlement au TNS, des étudiants en art dramatique se sont installés dans le Théâtre de la Colline à Paris et depuis des "occupations" de théâtres se multiplient en France. Une occupation que la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot a jugée mercredi "inutile" et "dangereuse".

"On aime nos lieux de théâtre, c'est nos lieux de vie, on les respecte", rétorque Mathilde Waeber, qui souligne que le théâtre est nettoyé et n'est dégradé en aucune manière.

Pour les élèves du TNS, une chose est certaine: "le théâtre ne se fait pas sans public". D'où leur première revendication: un "calendrier prévisionnel de réouverture" des lieux de culture.

A cela s'ajoutent la demande du retrait de la réforme de l'assurance chômage, la prolongation de l'année blanche pour les intermittents du spectacle, ainsi que "des mesures d'urgence face à la précarité financière et psychologique des étudiant.e.s".

Jeudi, le gouvernement a débloqué 20 millions d'euros supplémentaires en soutien au monde de la culture.

"C'est un geste, mais évidemment cela ne nous suffit pas", réagit Mathilde Waeber.

- "Mur devant eux" -

L'école du TNS, seul des cinq théâtres nationaux français en province, forme sur trois ans des promotions de 25 élèves au "jeu", à la dramaturgie, à la régie-création, à la mise en scène ou à la scénographie.

Si seuls les élèves du TNS "habitent" le théâtre, ils ont reçu le soutien d'acteurs, metteurs en scène, etc.

Actrice associée au TNS, Dominique Reymond est venue lire un texte sur le parvis.

"Ils ont envie de continuer à travailler, je les sens motivés par le travail", souligne-t-elle.

Initiateur d'un appel début janvier d'artistes à se faire vacciner pour surmonter la pandémie, le directeur du TNS, Stanislas Nordey, a regretté sur franceinfo que les artistes, notamment jeunes, aient "une espèce de mur devant eux" sans voir de reprise.

"L'art doit compenser ce que la politique n'accomplit pas", clame la banderole barrant une porte du TNS. Mais "arrêtons de dire que l'art se fait sans argent", clame une étudiante au micro. Et sans spectateurs.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.