"Ne me libérez pas, je m'en charge!", une histoire en chansons de l'exil au féminin

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Le drapeau algérien lors d'une manifestation pour l'égalité des droits lors de la journée internationale des femmes, le 8 mars 2019 à Paris
Le drapeau algérien lors d'une manifestation pour l'égalité des droits lors de la journée internationale des femmes, le 8 mars 2019 à Paris
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© AFP, Bertrand GUAY

publié le samedi 11 septembre 2021 à 18h32

Sortir de l'ombre les héroïnes de "nos daronnes": un spectacle jusqu'au 25 septembre au Cabaret Sauvage, à Paris, dévoile en chansons une histoire méconnue de l'immigration maghrébine au féminin, entre exil en France et combats pour l'émancipation.

Après le succès de "Barbès Café", qui retraçait le parcours des chanteurs immigrés algériens, ouvriers le jour et artistes le soir dans les bistrots de la capitale, place à "Ne me libérez pas, je m'en charge!" sur les femmes immigrées. Elles qui ont su braver poids des traditions et patriarcat pour s'imposer autant dans leur foyer que dans la société française, sont mises à l'honneur sur la scène du célèbre chapiteau du Parc de la Villette.

Des épouses restées au pays qui refusent la double vie de leur mari, aux mères au foyer osant clamer haut et fort "Ma place n'est pas dans la cuisine", "l'ambition est de montrer que les femmes maghrébines ne sont pas uniquement comme on essaye de le faire voir", explique à l'AFP Méziane Azaïche, directeur du Cabaret Sauvage et metteur en scène du spectacle.

Mais aussi de "rendre hommage" et de faire connaître au grand public les grandes chanteuses de l'exil comme Cherifa, Hanifa, Noura ou Cheikha Rimiti, qui ont sublimé en berbère ou en arabe dialectal les revendications de ces femmes pour la liberté, et leurs combats contre le racisme et les discriminations.

Cette histoire franco-algérienne, qui retrace la période des années 1950 à nos jours, est contée sur scène par Tanina Cheriet, fille du chanteur kabyle Idir, disparu en mai 2020, et symbole de ces milliers d'enfants et petits-enfants d'immigrés devenus héritiers de cette double culture.

Fil rouge du spectacle, l'artiste de 30 ans raconte à partir de la vie de sa mère fictive, qui écoute avec passion ces chanteuses de l'exil, le parcours de ces nombreuses femmes en quête d'émancipation entre répliques, passages dansés, et chansons cultes.

- "Patrimoine français" -

Un répertoire musical riche et varié, remis au goût du jour par cinq musiciens et deux autres chanteuses Nadia Ammour et Samia Diar, qui fait partie du "patrimoine français", rappelle Méziane Azaïche. 

"La plupart de ces chansons ont été créées en France! Les Français, malheureusement, ne les connaissent pas... L'apport de l'immigration dans le patrimoine culturel français doit être reconnu à sa juste valeur", plaide-t-il. 

Guerre d'Algérie, 17 octobre 1961, bidonvilles de Nanterre, Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983, Code de la famille... Images d'archives et biographies sont aussi projetées sur des écrans pour permettre au spectateur non averti d'appréhender le contexte historique qui a marqué l'installation en France de la communauté algérienne.

Une forme de transmission, à l'approche des 60 ans des Accords d'Evian, alors que le combat féministe reste vif sur les deux rives de la Méditerranée, entre féminicides à répétition et revendications politiques insatisfaites.

"J'aimerais surtout que cela soit les non-Algériens qui prennent connaissance de cette histoire", confie à l'AFP Tanina Cheriet. "Cela reste un spectacle féministe, un sujet universel dont même les hommes se doivent d'être les acteurs."

"C'est aussi un devoir de mémoire pour remercier ces femmes qui ont tracé ce chemin avant nous, et ces artiste qui ont chanté cette douleur de l'exil et mis des mots, toujours actuels, sur ce que vivent certaines femmes actuellement, complète-t-elle. Ce sont des héroïnes".

"Il y a une volonté de transmission aux nouvelles générations, appuie encore Méziane Azaïche. Et au-delà, de partager des moments, peut-être très durs de l'histoire de l'immigration, mais aussi et surtout des moments de joie parce qu'à la fin du spectacle la narratrice dit qu'elle est fière de sa maman".

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