Musiques: Aloïse Sauvage, la vie sur un fil

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La chanteuse française Aloïse Sauvage, le 25 février 2020, à Paris
La chanteuse française Aloïse Sauvage, le 25 février 2020, à Paris
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN
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, publié le mercredi 26 février 2020 à 10h07

Aloïse Sauvage n'a pas le vertige: elle se met en danger accrochée à un filin aux Victoires de la musique, et parle d'elle, sans filtre, dans son album "Dévorantes" qui sort vendredi.

"Mon micro suspendu (qui lui permet de faire des figures), on ne se rend pas compte - et c'est tant mieux - que c'est périlleux. C'est une adaptation permanente, c'est du +one shot+, mais c'est ce que j'ai choisi, j'aime le risque", décortique l'artiste pour l'AFP.

Son titre phare s'appelle "A l'horizontale" - invitation canaille - mais elle l'a donc interprétée à la verticale, terminant sa prestation aux Victoires à plusieurs mètres au dessus du sol, poignet accroché à un filin.  

"La peur de la blessure, c'est toujours là - j'ai eu des entorses, je me suis cassé le pied aussi une fois dans un escalier qui n'existait plus car le technicien l'avait enlevé 5 minutes avant (sourires) - mais en concert, c'est moins physique que ce que je faisais au haut niveau dans le cirque", poursuit la casse-cou.

- "Obligé de la calmer" -

Le cirque ? Elle est sortie diplômée en accro-danse en 2014 de la fameuse académie Fratellini, pépinière d'artistes du cirque en région parisienne. "C'est quelqu'un qu'on était obligé de calmer plutôt que de pousser, sourit Laurence Marchand, responsable de la communication de l'institution, interrogée pour l'AFP. On garde l'image d'une +super-bosseuse+, c'était agréable de travailler avec elle".

"C'est une bonne ambassadrice de l'académie, une personnalité atypique, la preuve, elle a touché à tout", ajoute cette responsable. La circassienne est en effet passée aussi par la case cinéma, avec notamment "120 battements par minute".

Et la voici qui reprend le fil de sa carrière musicale. "Tous les dispositifs d'accompagnement des artistes émergents avaient repéré l'énergie de cette jeune chanteuse alors qu'elle n'avait que quatre-cinq morceaux, rappelle à l'AFP Matthieu Culleron, journaliste musique au service culture de France Inter. Elle s'est vraiment révélée, avec son micro et son filin, aux Trans Musicales de Rennes en 2018, où elle était artiste résidente, en création". 

Retour sur un parcours fécond. L'enfant de Seine-et-Marne a tâté de divers instruments - flûte, batterie, saxophone - et s'est frottée au hip-hop. Ce petit gabarit en a gardé les codes pour occuper la scène et poser sa voix. 

- "Angoissée, anxieuse" -

Ses premières planches? "Mon grand-père filmait tout, moi je ne m'en souviens pas mais les images sont là: j'ai 8 ans, c'est à l'auditorium du conservatoire du Mée-sur-Seine, pas de dents au milieu, recourbée, j'essaye de souffler dans une flûte, c'est assez dramatique (rires), mes parents applaudissent de façon assez bienveillante. J'étais déjà bien stressée".

"Angoissée, anxieuse, perfectionniste", voilà quelques traits de caractère qui la dévorent et qu'elle partage avec sa petite sœur, illustratrice. "On tient ça de notre père". Ce géniteur à qui elle demande "es-tu parti pour toujours, que se passe-t-il?" dans "Papa", mais qu'elle pardonne.      

Car à 27 ans, elle ne cache rien de sa vie dans son premier opus. "Peut-être que c'est trop risqué, peut-être qu'il faut savoir se protéger, mais je voulais être entière, vraie, pour toucher les autres". Elle évoque ainsi la disparition d'un proche dans "Tumeur" et ses amours dans "Jimy", qui n'est pas ici un prénom masculin. Elle a aussi son hymne anti-homophobes "Omowi", désormais sonnerie de son téléphone. 

Un titre pour de tenter de cautériser certaines plaies. "Ca m'est arrivé de pleurer dans le métro en voyant des jeunes de mon âge avec des pancartes homophobes, alors qu'on allait sans doute faire les mêmes choses après, comme aller au cinéma, voir des amis...".

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