Mode: les présentations virtuelles, "un jeu dangereux" pour Kris Van Assche

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Kris Van Assche, le styliste belge de la maison Berlutti lors d'une preview de la collection automne-hiver 2021 à Paris, inspirée des oeuvres du peintre russe Lev Khesin, le 25 février 2021
Kris Van Assche, le styliste belge de la maison Berlutti lors d'une preview de la collection automne-hiver 2021 à Paris, inspirée des oeuvres du peintre russe Lev Khesin, le 25 février 2021
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN
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, publié le jeudi 08 avril 2021 à 17h20

"Le luxe ne peut que perdre la bataille" des présentations numériques, juge Kris Van Assche, directeur artistique de Berluti. Après avoir boudé la Fashion week virtuelle parisienne, il a présenté sa collection jeudi à Shanghai devant de vrais invités.  

Le créateur belge de la maison française a envoyé en Chine sa collection homme composée de 30 silhouettes, de couleurs vives et à l'allure décontractée, faite en collaboration avec le peintre russe installé à Berlin Lev Khesin.

Ne pouvant pas lui-même voyager et superviser sur place le tombé de chaque pièce, il a renoncé au défilé. Mais quelque 500 invités ont pu toucher et essayer les vêtements présentés sur des cintres après avoir regardé le film. 

Pourquoi Shanghai? Parce que c'est "un marché porteur" et "le seul endroit où l'on peut présenter les vêtements à un public vivant". 

La numérisation massivement imposée à la mode en temps du Covid "est un jeu dangereux pour le luxe", a déclaré à l'AFP Kris Van Assche, ex-styliste de Dior homme, lors d'une preview à Paris. "Je m'y plie, mais je pense que le luxe ne peut qu'y perdre la bataille".  

- "En vidéo, on peut tricher" -

"Si on ne peut pas toucher, si on ne peut pas voir de près, si on ne peut pas constater la qualité, la différence avec le marché grand public disparaît. En vidéo on peut beaucoup tricher, on peut beaucoup cacher, et on peut embellir", estime-t-il.

Pour le styliste, impossible d'organiser un défilé sans être physiquement sur place. 

"Je ne voulais pas donner la responsabilité à quelqu'un d'autre de choisir les mannequins, les ajustements de vêtements. Je dois surveiller moi-même les essayages. Quand une manche est trop courte, quand une épaule tombe mal, je le vois", explique-t-il. 

Si la crise sanitaire a révolutionné la façon de présenter la mode, elle influence la palette de couleurs et les silhouettes décontractées, "avec plus que jamais des finitions à la main, des points à la main, des patines à la main".  

"Plus on est confronté au numérique, plus j'ai envie d'insister sur l'humain derrière les produits". 

La collaboration avec Lev Khesin, dont dix oeuvres sont représentées de façon plus au moins littérale sur les pièces de Berluti, s'inscrit dans cette démarche.

Chaque tableau, fait de superposition de couches de peintures, de résines et de silicones, "est unique. L'artiste s'est sali les mains en les faisant". 

- Confort -

Cette technique d'art contemporain fait "un vrai clin d'oeil à l'artisanat Berluti", bottier depuis 1895, célèbre pour ses patines. 

"Avec le  confinement, les gens se disent qu'on va tous avoir envie d'un pull en cachemire parce qu'on est sur notre canapé toute la journée". 

"Ce n'est pas la solution. J'aime quand même que cela reste créatif, qu'on s'en prenne plein les yeux, qu'il y ait des couleurs, du design, mais peut-être avec plus de souplesse". 

Une veste-chemise reprend ainsi des codes du costume comme la poche-poitrine, mais avec une épaule complètement déconstruite. Une autre veste, en cachemire double face, est d'une grande souplesse, comme de la maille. 

Une veste-blouson est dotée d'un col tailleur et portée sur un pantalon plus sport: "Cela crée quelque chose qu'on pourrait interpréter comme costume-uniforme et en même temps c'est beaucoup plus décontracté". Dans la gamme des couleurs - violet, orange et bleu - le pantalon est dépareillé de la veste.

"Au lieu de chercher du réconfort dans la nourriture, on en trouve dans les vêtements", conclut Kris Van Assche. 

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