Métiers d'art : taxidermiste, une espèce en voie de disparition

Métiers d'art :  taxidermiste, une espèce en voie de disparition

Il n'y a pas plus de 80 taxidermistes exerçant encore en France. Au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), les Établissements Vaillier font perdurer cet art.

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leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 18h28

À l'occasion des Journées des métiers d'art, ce week-end, un taxidermiste raconte au Parisien son quotidien, et les demandes parfois étonnantes de ses clients.

Zèbre, buffle, chauve-souris, chouettes, antilopes de toutes sortes... Une étrange faune peuple le petit pavillon de banlieue, si semblable aux autres, dans une rue calme du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Même la vieille pancarte accrochée en façade, « ETS Vaillier », ne laisse rien paraître. Il faut traverser la cour et pénétrer dans le bureau, véritable cabinet de curiosités, pour s'en convaincre : nous sommes dans l'antre d'un taxidermiste, métier d'art reconnu depuis 2013.

Au milieu d'un étrange showroom, où s'entassent tête de phacochères ou de chevreuil, faisans et blaireaux, peau de léopard ou de renard, squelettes de poissons et de perroquets mais aussi, cachés derrière des pieds d'éléphants, un minou des plus commun, François Loss, 51 ans, n'a pas la tête de l'emploi. Lunettes rondes, pattes fournies, sourire et regard bienveillant, il pourrait tout aussi bien être à la tête d'une start-up...

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Il participe cette année aux Journées européennes des métiers d'art pour faire découvrir son métier, devenu rare : ils ne sont plus que 80 à le pratiquer à plein temps en France. « Taxidermiste ? C'est un peu un hasard. Je travaillais dans le cuir. J'ai rencontré M. Vailliers, il m'a montré ce qu'il faisait et j'ai été séduit par ce métier totalement atypique. Je me suis formé sur le tas », raconte-t-il.

C'est au détour d'une rencontre que François Loss, 51 ans aujourd'hui, a été pris de passion pour la taxidermie. Jusqu'à reprendre l'entreprise de son patron. LP/G.G.

Dix-neuf ans plus tard, il a pris la succession du patron mais gardé le nom. « Nous sommes trois ici. C'est un métier où l'on pratique des techniques différentes, on l'on côtoie des gens de milieu très variés, du chasseur à l'artiste. Chaque création est unique. Il faut un sens des volumes, un goût esthétique mais aussi une certaine réflexion... L'aboutissement, c'est d'arriver à redonner vie à l'animal », s'enthousiasme-t-il.

290 euros la tête de chevreuilÀ quelques mètres, dans l'atelier, Cyril bichonne l'énorme tête d'une antilope cheval. À l'établi, Claude taille dans le cou en polystyrène d'une petite antilope. « C'est vraiment de l'artisanat. Nous travaillons avec des outils très simples, marteau, lime, couteau... » Le principe de base : d'abord, à partir d'un vrai crâne, sculpter le corps de l'animal dans des blocs de polystyrène. Ensuite, tendre la peau préparée et tannée sur ce modèle. Rajouter des volumes avec de la paille de bois ou du mastic, placer les yeux, les cornes, les dents si besoin et le tour est joué... Le talent fait le reste.

Les clients de l'atelier aujourd'hui ? « À 70 % des particuliers et à 30 % des institutionnels, comme le Musée de la Chasse ou le Muséum d'Histoire Naturelle. » Dans la première catégorie, il y a bien sûr les chasseurs et leurs trophées : compter 290 euros pour une tête de chevreuil. Tous ceux, également, qui souhaitent conserver leur chien (de 900 à 1500 euros, selon la taille, du caniche au berger allemand...) ou leur chat (650 euros) adoré près d'eux après la mort.

Un métier en dangerMais les demandes sont parfois plus originales : « J'ai eu un coq que ses propriétaires adoraient. Ou un monsieur qui voulait juste la peau de son chien pour la porter en écharpe... », s'amuse-t-il. Côté déco, un client s'est offert une girafe pour son salon. Les ours (de 3 000 à 5 000 euros ) sont aussi très demandés...

« Cela dit, le métier est en danger, constate François Loss. La demande est en baisse, surtout chez les chasseurs. Les contraintes sont de plus en plus grandes suite aux mesures de protections des animaux qui sont une bonne chose. Et puis, il y a le côté pas très glamour du métier quand il faut vider une girafe en Afrique en plein mois d'août, grimace-t-il. D'où l'intérêt de continuer à le faire découvrir aux plus jeunes, en espérant que la relève arrive... »

Table ronde dans le cadre des Journées européennes des métiers d'art, ce samedi à 15 heures, avec François Loss et trois autres artisans sur la place des métiers d'art au Musée de la Chasse et de la nature (Paris, 3e). Entrée libre dans la limite des places disponibles. Programme complet, avec 8 500 rendez-vous, à retrouver sur www.journeesdesmetiersdart.fr.

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