Melvin Van Peebles, pionnier de la "Blaxploitation", meurt à 89 ans

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Le réalisateur américain Melvin Van Peebles au 38e festival du film américain de Deauville (France), le 5 septembre 2012
Le réalisateur américain Melvin Van Peebles au 38e festival du film américain de Deauville (France), le 5 septembre 2012
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© AFP, Charly TRIBALLEAU

publié le jeudi 23 septembre 2021 à 11h54

L'écrivain et réalisateur américain Melvin Van Peebles, pionnier de la "Blaxploitation", dont le film avant-gardiste "Sweet Sweetback's Baadasssss Song" a inspiré les jeunes générations de cinéastes noirs, est décédé à l'âge de 89 ans.

"Nous avons la tristesse d'annoncer le décès d'un géant du cinéma américain, Melvin Van Peebles, qui est mort la nuit dernière (la nuit de mardi à mercredi), chez lui avec sa famille, à l'âge de 89 ans", ont annoncé son fils, l'acteur Mario Van Peebles, et l'entreprise de distribution de films The Criterion Collection dans un communiqué. "Au cours d'une carrière unique, M. Van Peebles a laissé une trace indélébile dans le paysage culturel mondial. Il nous manquera profondément".

"Sweet Sweetback's Baadasssss Song", sorti en 1971, est un film à petit budget sur un homme se produisant dans des spectacles pornographiques qui tue deux policiers racistes parce qu'ils passaient à tabac un militant des Black Panthers.

Avec cette oeuvre innovante sur le fond comme sur la forme, Melvin Van Peebles, souvent surnommé "le parrain du cinéma noir moderne", a inauguré l'ère de la "Blaxploitation" et a inspiré nombre de réalisateurs plus jeunes, comme Spike Lee et Barry Jenkins.

"Je ne savais même pas que j'avais un héritage", avait-t-il confié au New York Times en 2010. "Je fais ce que j'ai envie de faire".

- "Onde de choc" -

"Sweet Sweetback", qu'il a écrit, réalisé et financé et dont il tient le rôle principal, était sorti dans seulement deux cinémas mais grâce au bouche-à-oreille, il a fini par rapporter 10 millions de dollars, en faisant le film indépendant le plus rentable de l'histoire à l'époque, selon le Hollywood Reporter.

The Criterion Collection, qui distribue ses films, a évoqué "un monument du cinéma indépendant noir et américain, qui a provoqué une onde de choc à travers toute la culture".

"Papa savait que la représentation des Noirs est importante. Si une image vaut mille mots, que vaut un film? (...) Nous avons besoin de nous voir être libres", a déclaré Mario Van Peebles dans un communiqué. "Une réelle libération ne signifiait pas qu'il fallait imiter la mentalité du colonisateur. Cela impliquait d'apprécier la force, la beauté et l'interconnection de tous les humains".

"Je veux que les gens se sentent valorisés et aussi qu'ils passent un putain de bon temps", avait déclaré le défunt au New York Times en 2010.

Né en 1932 à Chicago, Melvin Van Peebles avait obtenu une licence de littérature et avait servi dans l'armée de l'air américaine, avant de travailler comme artiste, scénariste, réalisateur, musicien et écrivain. Il avait aussi étudié l'astronomie.

- Disparition d'un "géant" -

Son premier long-métrage, "The Story of a Three-Day Pass", racontait l'histoire d'un soldat américain noir rétrogradé pour avoir fraternisé avec une femme blanche en France.

Le film avait été remarqué à Hollywood. La Columbia Pictures l'avait engagé pour diriger en 1970 "Watermelon Man", une comédie sur le racisme parlant d'un bigot blanc devenu noir en une nuit.

Outre son oeuvre littéraire et cinématographique, M. Van Peebles a créé plusieurs pièces à Broadway, dont la comédie musicale "Ain't Supposed to Die a Natural Death", qui lui a valu sept nominations aux Tony Awards.

"Je suis tellement attristé par la disparition de mon frère Melvin Van Peebles qui a propulsé le cinéma noir indépendant sur le devant de la scène avec son film révolutionnaire Sweet Sweetback's Baadasssss Song", a réagi sur Instagram le cinéaste Spike Lee ("Do the Right Thing"). "Merde, nous avons perdu un autre géant! Condoléances à la famille Peebles".

Pour Barry Jenkins, réalisateur de "Moonlight" (Oscar du meilleur film 2017), "l'homme VIVAIT totalement".

"Il tirait le meilleur de chaque seconde, de CHAQUE prise de vue et je dois le reconnaître, bien que la dernière fois que j'ai passé du temps avec lui remonte à de NOMBREUSES années, c'était une nuit pendant laquelle il a dansé jusqu'au bout de ses forces", selon M. Jenkins.

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