Mai 68 vu par l'AFP - Viens donc dans ma chambre...

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Des jeunes protestent contre la guerre du Vietnam lors du défilé du 1er mai 1968 à Paris
Des jeunes protestent contre la guerre du Vietnam lors du défilé du 1er mai 1968 à Paris
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AFP, publié le jeudi 05 avril 2018 à 09h30

Au tout début, deux revendications sont souvent mises en avant par les étudiants qui "feront" mai 68: l'arrêt de la guerre du Vietnam et, plus prosaïquement, l'autorisation en résidence universitaire de rendre visite au sexe opposé dans sa chambre.

Le 31 mars, alors que déjà les cours sont perturbés voire suspendus dans plusieurs grandes universités parisiennes, comme Nanterre et la Sorbonne, l'AFP effectue un reportage sur ce terrain de lutte, mineur en apparence, mais qui préfigure la libération sexuelle à venir.

Révolte au pavillon des Etats-Unis à la Cité universitaire

PARIS, 31 mars 1968 (AFP) - Les étudiants du pavillon des Etats-Unis à la Cité universitaire internationale de Paris se sont à leur tour révoltés ce soir contre le règlement intérieur de ce pavillon, où, disent-ils, le caractère "puritain" de la discipline est devenu inacceptable.

Suivant l'exemple donné depuis plusieurs mois par les étudiants de la plupart des résidences universitaires de France, les 500 étudiants et étudiantes du pavillon américain ont décidé de circuler librement à l'intérieur de leur maison sans plus tenir compte des interdictions administratives.

Le pavillon est formé de deux ailes, l'une réservée aux jeunes filles, l'autre aux jeunes gens, sans possibilité de communication, sinon par le hall d'entrée, au rez-de-chaussée où un concierge surveille étroitement les allées et venues.

A l'entrée de l'aile des garçons est apposé cet avis: "Female visitors are not permitted beyond this door". Un avis identique, visant les "male visitors" est apposé du côté des filles.

Le pavillon abrite environ 500 étudiants se répartissant à peu près à égalité entre français et américains d'une part, entre jeunes gens et jeunes filles d'autre part. Parmi les étudiants américains on compte une cinquantaine de noirs.

Les étudiants estiment que la discipline est appliquée dans leur pavillon plus rigoureusement que partout ailleurs, ce qui, affirment-ils, est d'autant plus injustifié que toutes les étudiantes et presque tous les étudiants sont majeurs.

Au cours de la journée, l'idée d'une abrogation du règlement s'est répandue spontanément parmi les étudiants et la plupart s'y sont ralliés. Dans la soirée, après s'être rassemblés au rez-de-chaussée, dans le foyer, seul point de rencontre entre garçons et filles autorisé (à part la cafeteria) étudiants et étudiantes se sont donné le mot et ont massivement entrepris de franchir les portes qui leur sont interdites.

Pour se rendre dans l'aile des garçons, les jeunes filles n'ont rencontré aucune difficulté, mais du côté des filles l'économe, M. Boisson, s'est interposé pendant un moment et a empêché les étudiants d'accéder.

Ceux-ci ont néanmoins réussi à ouvrir une porte de communication au 5ème étage, ce qui leur a permis de parvenir dans la partie réservée aux jeunes filles. Peu après l'économe a renoncé à sa garde et a laissé tout le monde circuler librement jusqu'à 23 h.

La manifestation s'est déroulée dans le plus grand calme. Les étudiants entendaient lui donner essentiellement un caractère symbolique. Mais ils ont annoncé leur intention de récidiver s'ils ne peuvent parvenir à se mettre d'accord avec le directeur, M. Frazes.

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