"Live in Tokyo 91": Barney Wilen, talent et décontraction

"Live in Tokyo 91": Barney Wilen, talent et décontraction
"Live in Tokyo 91", double-CD inédit où le saxophoniste niçois Barney Wilen s'exprime en toute décontraction pendant plus de deux heures, vient d'être publié par le label "Elemental Music"

AFP, publié le mercredi 11 septembre 2019 à 14h06

"Il jouait comme les Américains", flatte le pianiste René Urtreger: "Live in Tokyo 91", double-CD inédit où le saxophoniste niçois Barney Wilen s'exprime en toute décontraction pendant plus de deux heures, vient d'être publié par le label "Elemental Music".

Le 11 février 1991, Barney Wilen est à l'affiche du Keystone Korner, un club de Tokyo qui vient d'ouvrir ses portes.

Entouré de trois jeunes musiciens français, le saxophoniste ténor et soprano, alors âgé de 54 ans, y multiplie les chorus inspirés sur des standards (Sonny Rollins, John Coltrane, ...) ou des thèmes de Charles Trénet.

Une chance: ce soir-là, il a branché sur la table de mixage du club un mini-enregistreur DAT acheté le jour-même.

"Nous sommes allés chez Patrick Wilen (le fils de Barney), et sommes tombés sur cette cassette", déclare à l'AFP Didier Boulard, responsable export du label basé à Barcelone. "Le son était très très bon. Avec une telle matière première, il n'y a pas eu besoin d'un gros travail de remastérisation, si ce n'est pour effacer quelques bruits de fond". 

"Il jouait comme les Américains, se souvient dans le livret René Urtreger, âgé de 85 ans, seul survivant du quintet --dans lequel figurait Barney Wilen-- monté au pied levé par Miles Davis en 1957 pour enregistrer en une nuit la musique du film "Ascenseur pour l'Échafaud", devenue mythique. 

Né en 1937 à Nice d'une mère française et d'un père américain, Barney Wilen avait bluffé très jeune le monde du jazz par sa facilité déconcertante. Son jeu huilé, sa sonorité veloutée au grain léger, ses attaques vivaces, évoquaient Lester Young et Stan Getz. 

Après quelques années fastes dans le monde du hard bop, il s'oriente vers le free jazz et découvre l'Afrique au début des années 1970.

Mais, miné par l'addiction à l'héroïne, son image se brouille. Jusqu'en 1985 et la parution de la BD "La Note Bleue" dans le mensuel "A Suivre" (avant une publication chez Casterman en 1987), où le scénariste Philippe Paringaux raconte sur des dessins de Loustal la vie chaotique d'un saxophoniste de jazz. 

Pour dessiner son héros, Loustal retiendra parmi diverses photos de musiciens la figure du saxophoniste, et le baptisera Barney. La carrière de Barney Wilen, qui renoue avec le hard bop et le jazz cool, en sera relancée, jusqu'à son décès d'une crise cardiaque en 1996. 

Barney Wilen est doublement dans l'actualité en ce début septembre: l'INA (Institut national de l'audiovisuel) a retrouvé une séquence filmée le 7 décembre 1957 pour "Au Clair de la Lune", une émission de variétés de la télévision: le saxophoniste y apparaît dès le premier plan, au sein du quintet de Miles Davis, celui de l'aventure d'"Ascenseur pour l'Échafaud". Il a alors vingt ans.

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