Les ventes d'Arsène Lupin redécollent avec le succès de la série Netflix

Les ventes d'Arsène Lupin redécollent avec le succès de la série Netflix
Le succès de la série "Lupin" sur Netflix a relancé l'intérêt pour les romans de Maurice Leblanc sur le gentleman cambrioleur Arsène Lupin dont les ventes ont soudain redécollé

, publié le samedi 23 janvier 2021 à 15h26

Le succès de la série "Lupin" sur Netflix a relancé l'intérêt pour les romans de Maurice Leblanc sur le gentleman cambrioleur, un classique indémodable de la littérature populaire dont les ventes ont soudain redécollé.

Le phénomène a envahi jusqu'aux cours de récréation, comme le raconte Sofia, assistante d'éducation dans un collège des Ardennes.

"Des élèves, plutôt de 6e, arrivent avec des exemplaires d'Arsène Lupin qu'ils lisent pendant la période de pause du midi, un temps pendant lequel ils font d'habitude plutôt les andouilles... Ce qui est surprenant c'est que ce sont des élèves qui n'ont pas du tout l'habitude de lire. Ils en parlent dans les couloirs, dans la cour", dit-elle.

La série "Lupin: dans l'ombre d'Arsène", avec un Omar Sy dans le rôle d'un voleur admirateur d'Arsène Lupin, s'inspire de manière très libre et moderne de ce personnage ancré dans le début du XXe siècle.

Si cette version est loin d'être la première à l'écran, elle profite de la popularité de l'acteur principal et de la force de frappe de la plateforme numérique.

"Il y avait eu la belle adaptation en série avec Georges Descrières [1971-1974], mais les générations actuelles ne la connaissent pas. Celle de Netflix redonne un coup de jeune aux livres", explique à l'AFP la directrice générale du Livre de Poche, Béatrice Duval.

"Même si on avait anticipé le phénomène, puisqu'une personne chez nous surveille les adaptations à venir, son ampleur nous a surpris. En 15 jours, on a vendu l'équivalent d'une année de Maurice Leblanc", indique-t-elle.

Les ruptures de stock n'ont pas tardé mi-janvier, entraînant des "réimpressions en urgence", d'après la maison d'édition. "Les libraires, les commerciaux nous demandent du Arsène Lupin", se félicite Mme Duval.

- Délinquant multirécidiviste -

L'oeuvre de Maurice Leblanc (1864-1941) est dans le domaine public depuis 2012. Et elle est abondante, avec 19 romans ou recueils de nouvelles d'Arsène Lupin, également héros de pièces de théâtre, et des dizaines d'autres ouvrages qui ne sont plus lus de nos jours.

Succès improbable, le voleur désinvolte apparaît en 1905 de la plume d'un écrivain normand qui désespère de devenir un jour Flaubert ou Maupassant. Dans la nouvelle "L'Arrestation d'Arsène Lupin", un "cambrioleur insaisissable dont on racontait les prouesses dans tous les journaux depuis des mois" sévit à bord d'un transatlantique sous un faux nom. C'est la naissance d'une légende.

"Arsène Lupin, déjà, a toutes les identités, tous les noms. C'est ce qui fait sa réussite à l'échelle universelle: ç'aurait pu être un personnage franco-français, mais pas du tout. Les Japonais par exemple se le sont approprié dans des mangas", commente Laurent Bazin, maître de conférences en lettres à l'université de Versailles-Saint-Quentin.

Dubitatif lui-même quant au potentiel d'une série (en livres), Leblanc, "harcelé par l'éditeur Lafitte et ses collaborateurs, accepte de donner une suite à la nouvelle", comme le note l'universitaire Daniel Couégnas dans un article de 2016.

Il fait d'Arsène Lupin l'archétype du caméléon et du justicier, anarchiste et dandy. Par son intelligence facétieuse, son sens de l'honneur et le choix de ses cibles, riches peu recommandables ou peu susceptibles d'être mis sur la paille, ce délinquant multirécidiviste suscite chez le lecteur une sympathie paradoxale.

L'humour et le suspense de Maurice Leblanc fonctionnent encore très bien, au siècle suivant.

"Je ne suis pas surpris que des générations du troisième millénaire qui ont grandi avec des superhéros Marvel ou du Seigneur des anneaux se passionnent pour lui. Chaque fois qu'une société se trouve face à une situation morose, elle a besoin d'aventure, d'évasion, de fiction. Et ce héros-là conquiert une liberté dont nous avons l'impression, les plus jeunes surtout, d'être privés", selon Laurent Bazin.

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