Les maux de l'Amérique latine décortiqués à Cannes

Les maux de l'Amérique latine décortiqués à Cannes
Le réalisateur César Diaz pose à Cannes, le 21 mai 2019, lors du photocall de "Nuestras madres", un film sur sur les disparus pendant la guerre civile au Guatemala

AFP, publié le mercredi 22 mai 2019 à 18h47

Enlèvement d'enfants, disparus de la dictature, machisme de la société... A Cannes, de nombreux films explorent les maux de l'Amérique latine et revisitent son passé douloureux, avec des coups de projecteur sur des pays jusqu'ici peu visibles sur la carte du cinéma mondial.

C'est le cas du Guatemala, avec le premier film de César Diaz, "Nuestras madres", sur les disparus pendant les 30 ans de guerre civile, qui a fait 200.000 morts ou disparus entre 1960 et 1996, principalement au sein de la population maya soupçonnée de soutenir la guérilla de gauche. 

"On parle beaucoup de la dictature au Chili, en Argentine mais la dictature au Guatemala, on ne connait pas", affirme le réalisateur, lui-même fils de disparu. Il est le premier réalisateur du Guatemala sur la Croisette.

Présenté à la Semaine de la critique, son film suit les traces d'Ernesto, un jeune anthropologue chargé de l'identification des disparus à partir d'ossements. Un jour, il croit retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Si le film n'est pas aussi fort que son sujet, il met en évidence la profusion de thèmes liés à l'histoire récente de cette région du monde.

C'est ce que fait aussi la Péruvienne Mélina Leon, première femme de son pays à être à Cannes (Quinzaine des réalisateurs), avec "Cancion sin nombre", un beau film en noir et blanc, faisant immanquablement penser à "Roma" d'Alfonso Cuaron, récompensé du Lion d'or à Venise et par trois Oscars.

Le titre du film fait référence à la berceuse que Georgina (Pamela Mendoza) ne pourra pas chanter à son bébé, enlevé par l'hôpital privé où elle a accouché. Isolée, face à une administration corrompue, elle pourra seulement compter sur l'aide d'un journaliste. 

Un premier film, qui brosse un tableau sans concession du Pérou dans les années 80, entre les attaques du Sentier lumineux, les enlèvements de nouveaux-nés et la répression des homosexuels.

Inspiré de faits réels, il n'en oublie pas pour autant une certaine poésie et filme le personnage de Georgina marchant tous les matins, dans le brouillard, pour rejoindre la capitale et vendre des pommes de terre. "Le brouillard est quelque chose de typique à Lima mais c'est aussi l'idée que ce sont des gens que l'on ne voit pas", souligne la réalisatrice. 

- Poches de résistance -

Un thème qui fait écho au film du Brésilien Karim Ainouz, "La vie invisible de Euridice Gusmao" (Un Certain regard). Une évocation du machisme à travers le destin de deux soeurs qui ne peuvent pas vivre leurs rêves, à cause du poids de la société. Dans les années 50, dans le Rio d'Ainouz, une mère célibataire ne pouvait quitter le pays avec son enfant, faute d'autorisation du père. 

"J'avais l'impression que les choses avaient changé pour les femmes au cours des 30 dernières, mais avec ce qui se passe sur le plan politique dans le monde et au Brésil, je vois un retour en arrière", estime le cinéaste qui n'a pas pas voulu faire de ses personnages "des victimes".

"Je veux explorer les possibilités de résistance. C'est le plus important dans le cinéma d'aujourd'hui: montrer qu'il faut résister et donner de l'espoir", dit-il, sur la même ligne qu'un autre cinéaste brésilien à Cannes: Kleber Mendonça Filho, en compétition avec "Bacurau". 

Plus connus de la planète cinéma, le Chilien Patricio Guzman et l'Argentin Juan Solanas ont eux aussi choisi de réveiller les consciences, en optant pour le documentaire. 

Le premier en filmant l'exploitation minière d'une partie de la cordillère des Andes, manière de revenir sur l'époque de la dictature de Pinochet (1973-1990) dans "La cordillère des songes" (séance spéciale). Le second a parcouru pendant huit mois l'Argentine pour "Que sea ley" (hors compétition) sur l'élan brisé des Argentines en 2018, réclamant le droit à l'IVG. 

La projection a donné lieu samedi à une mobilisation en vert sur les marches du Palais des festivals, la couleur de la lutte pour la légalisation de l'avortement en Argentine.

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