Le réalisateur Serebrennikov, poursuivi par la justice russe, reçoit sa décoration française

Le réalisateur Serebrennikov, poursuivi par la justice russe, reçoit sa décoration française
Le réalisateur et metteur en scène russe Kirill Serebrennikov lors de la cérémonie de remise de son insigne de Commandeur des Arts et des Lettres, à l'ambassade de France à Moscou le 14 octobre 2019

AFP, publié le lundi 14 octobre 2019 à 20h50

Six mois après la levée de son assignation à résidence qui n'a pas mis fin aux poursuites à son encontre, le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov a reçu lundi à Moscou l'insigne de commandeur des Arts et des Lettres, distinction décernée par la France en août 2018.

Kirill Serebrennikov, 50 ans, a reçu les insignes de commandeur des mains de l'ambassadeur de France à Moscou, Sylvie Bermann. Elle a salué en Serebrennikov "l'un des créateurs les plus polyvalents et féconds dans tous les domaines", "représentant de la culture d'aujourd'hui et de demain, russe et universelle".

"C'est la première fois de ma vie que je reçois une décoration d'un Etat. En général, l'Etat m'a toujours semblé quelque chose d'épouvantable. Il agit contre notre volonté, commence des guerres, intente contre nous (les citoyens) des procès", a déclaré le metteur en scène et réalisateur. 

Directeur artistique du Centre Gogol, théâtre qu'il a transformé en l'un des centres névralgiques de la culture contemporaine à Moscou, réalisateur de cinéma ("Leto", 2018) Kirill Serebrennikov est accusé par la justice russe d'avoir détourné environ 130 millions de roubles (1,8 million d'euros) de subventions publiques entre 2011 et 2014.

Arrêté en août 2017, il est resté assigné à résidence jusqu'en avril 2019, sans pour autant avoir le droit de quitter Moscou. En septembre 2019, la justice russe a finalement levé "toutes les mesures préventives" contre lui et trois de ses collaborateurs et renvoyé le dossier au Parquet, l'estimant incomplet.

Kirill Serebrennikov a toujours nié les charges qui pèsent contre lui, ses partisans estimant qu'il paie la montée en puissance des valeurs conservatrices en Russie, où les artistes sont confrontés à une pression croissante.

Sans s'opposer ouvertement au président Vladimir Poutine, Kirill Serebrennikov a à plusieurs reprises critiqué ces pressions alors que ses oeuvres, abordant des thèmes comme la politique, la religion ou la sexualité, sont régulièrement critiquées par les militants orthodoxes ou les autorités.

A cause de son assignation à résidence, Kirill Serebrennikov n'a pas pu participer en mai à la montée des marches à Cannes avec l'équipe de son film "Leto" ("L'été"), présenté en compétition et dont le réalisateur avait terminé le montage chez lui.

Début octobre, la justice a annoncé le renvoi de l'affaire devant un tribunal pour un nouvel examen, faisant craindre, pour les défenseurs de Kirill Serebrennikov, un renouveau de l'affaire.

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