Le procès compromis du massacre d'Ascq en 1944

Le procès compromis du massacre d'Ascq en 1944

Plaque commémorative du massacre d'Ascq, à Villeneuve-d'Ascq près de Lille, en novembre 2013

AFP, publié le vendredi 16 mars 2018 à 13h47

La perspective d'un procès en Allemagne d'un ancien SS impliqué dans le massacre d'Ascq en 1944 s'éloigne, après un avis récent de la justice française qui alimente les regrets de descendants des 86 victimes de cet "Oradour du Nord".

Depuis début 2016, l'étau judiciaire s'était pourtant resserré autour de ce vieil homme de 95 ans qui coulait jusqu'alors une retraite paisible d'artisan-peintre près de Celle (nord-ouest). Il avait dû subir interrogatoire et perquisition. 

A la manoeuvre, le parquet de Dortmund, compétent pour les crimes nazis, avait en effet retrouvé la trace de cet ancien membre de la 12e division SS de la "Hitlerjugend" (Jeunesse hitlérienne) qui s'était abattue sauvagement sur le village d'Ascq, près de Lille, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. 

En quelques heures, une cinquantaine de ces soldats dont le train avait légèrement déraillé après une action de sabotage de la Résistance, avaient investi ce petit bourg, fusillant alors par vagues 86 hommes, en représailles. Le plus jeune avait 15 ans. 

La juridiction allemande avait été saisie par l'arrière petit-fils d'une des victimes, Alexandre Delezenne, un mandataire judiciaire de Dunkerque. "L'idée que des assassins qui ont massacré sans raison puissent mener une vie tranquille en Allemagne passe mal", expliquait-il.

Car après avoir été condamné à mort - par contumace - en 1949 par le tribunal militaire de Metz délocalisé à Lille, cet ancien SS avait été gracié en 1955, comme 15 autres, par le président français René Coty, "au nom notamment de la réconciliation franco-allemande", rappelle l'historienne Jacqueline Duhem, spécialiste de cette histoire.

Mais avant de rejuger un criminel nazi, la justice allemande avait sollicité en novembre 2017 l'avis de la chancellerie française. Celle-ci lui a remis ses conclusions le 13 février.

- vie bouleversée -

Aux yeux de la Chancellerie, il apparaît d'abord que les faits ayant valu condamnation de l'ancien SS, âgé de 21 ans lors de ce massacre, "peuvent être analysés comme des crimes de guerre", pour lesquels la prescription est de 20 ans, et non "pour des faits de crime contre l'humanité, qui sont imprescriptibles". 

Le ministère de la Justice considère également que s'applique dans ce cas le principe dit "ne bis in idem", selon lequel, en vertu des accords de Schengen, une personne ne peut être jugée deux fois pour les mêmes faits dans deux pays différents.  

La Chancellerie explique toutefois que "cette analyse n'engage" qu'elle et "ne saurait préjuger de la décision qui sera prise par les autorités allemandes". 

L'issue allemande ne pourtant fait guère de doute. 

Interrogée vendredi par l'AFP, le porte-parole du parquet de Celle a certes répondu avoir "pris connaissance de la position de la justice française. Nous l'examinons actuellement". "Les personnes qui sont concernées par une décision à venir doivent en être informées en premier lieu", a-t-il ajouté.

Mais en décembre, il avait prévenu: "nous avons les mains liées: nous ne pouvons rien faire de plus si les collègues français nous disent qu'il ne peut plus être poursuivi".

Une hypothèse mal accueillie par la douzaine de familles, descendantes des victimes, qui avaient entrepris les démarches pour se constituer parties civiles, en liaison avec un avocat allemand spécialiste des crimes nazis.

"C'est regrettable. Il faudrait pourtant que justice passe. Que cet homme soit condamné, pour que ce crime soit reconnu. A la barre, j'aurais pu dire qu'il a tué des innocents. Il nous a privés de notre papa, nous n'avons pas eu de jeunesse, toute notre vie a été bouleversée", déplore ainsi Marguerite Marie Béghin, 81 ans, associée à son frère (80 ans) et sa soeur (75 ans).

"Ce procès aurait surtout été l'occasion d'essayer de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé à tuer des civils de cette façon, et si cet homme a des regrets. On ne le saura pas...", dit aussi André Baratte, 89 ans, fils de massacré, parlant aussi au nom de ses deux soeurs de 90 et 92 ans.    

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2 commentaires - Le procès compromis du massacre d'Ascq en 1944
  • Que d'argutie juridique pour protéger un assassin qui vit peinard en Allemagne , la dénazification n'a jamais eu lieu en allemagne , ils ont même réintégré les anciens nazis dans leurs droits. Si cela avait été des victimes d'origine juives alors on aurait réagi plus fortement. Mais ce n'était que des victimes civiles innocentes et soutenu par personne.

  • Il a ete condamné et gracié et ne peut être rejugé, c'est la logique de la loi. Les familles n'ont que le deuil et le manque depuis des decennies que rien ne peut annuler. Je compatis !!!