Le cinéaste Brian de Palma revient avec "ses obsessions", inspiré par l'affaire Weinstein

Le cinéaste Brian de Palma revient avec "ses obsessions", inspiré par l'affaire Weinstein
Brian de Palma (avec Al Pacino) pour les 35 ans du film "Scarface" lors du festival Tribeca le 19 avril 2018 à New York.
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AFP, publié le vendredi 01 juin 2018 à 13h21

Influence d'Hitchcock, femmes en péril...: célébré à la Cinémathèque, le cinéaste culte de "Scarface" Brian de Palma, revient avec "ses obsessions" dans un roman policier, et travaille à plusieurs projets dont un sur l'affaire Weinstein et le mouvement MeToo, qui "l'inspire", a-t-il dit à l'AFP.

Les déroulements du scandale Weinstein "m'ont inspiré une nouvelle idée" d'histoire, qui pourrait devenir un livre ou un film, souligne le cinéaste de 77 ans dans un entretien à Paris, où il est venu pour une rétrospective de son oeuvre, qui a débuté jeudi à la Cinémathèque, et un roman sorti mi-mai, "Les serpents sont-ils nécessaires?" (Rivages noir), coécrit avec sa compagne Susan Lehman, ancienne journaliste du New York Times.

Le mouvement MeToo, "j'ai suivi ça de très près, car je connais beaucoup des gens impliqués", souligne le réalisateur légendaire de "Phantom of the Paradise" et "Mission impossible", figure du "Nouvel Hollywood" des années 70 aux côtés de Martin Scorsese ou Steven Spielberg.

"J'ai vu ce type d'abus se dérouler, j'ai entendu des histoires pendant toutes ces années", ajoute-t-il, en référence à la centaine de femmes qui ont accusé le producteur américain Harvey Weinstein de harcèlement, d'agression sexuelle ou de viol.

"J'ai toujours réagi très vivement quand quelqu'un faisait de telles choses", dit-il. "En tant que réalisateur, vous prenez des acteurs, et vous devez obtenir leur confiance et leur amour (...) Violer ça de quelque manière que ce soit, pour moi c'est juste la pire chose que vous puissiez faire".

- tournage en Uruguay -

Maître du thriller, celui qui se définit avant tout comme un "styliste de l'image" a connu des hauts et des bas en 50 ans de carrière, et quitté le circuit hollywoodien depuis les années 2000 et l'échec public et critique de son film de science-fiction "Mission to Mars".

Depuis, le cinéaste, très critique à l'égard d'Hollywood, a tourné ses films essentiellement hors des Etats-Unis: en France pour "Femme fatale" (2002), en Jordanie pour "Redacted" (2007) ou en Allemagne pour "Passion" (2012).

Six ans après ce thriller érotique, Brian de Palma, qui dit avoir "de nombreuses idées d'histoire, certaines développées dans des scénarios et des films, d'autres qui restent juste des idées", vient de terminer "la semaine dernière" son prochain film, "Domino", coproduction européenne avec Nikolaj Coster-Waldau et Carice van Houten (de la série "Game of Thrones"). 

"Le film est maintenant entre les mains des producteurs danois, et qui sait ce qui va se passer. Ca a été une expérience très difficile, parce qu'ils n'ont cessé de manquer d'argent", raconte-t-il.

Son film suivant, "Sweet vengeance", sera lui "tourné en Uruguay", indique le réalisateur. Il est "inspiré de deux histoires vraies de meurtres", qu'il dit vouloir raconter "de la façon dont on le fait à la télévision" dans les émissions sur les affaires criminelles.

- 'filmer les femmes' -

"Les serpents sont-ils nécessaires?", premier roman de Brian de Palma et Susan Lehman, publié pour l'instant uniquement en français, est, lui aussi, tiré d'une idée de scénario du cinéaste. Thriller sur fond de politique, il met en scène un sénateur américain et une série de personnages gravitant autour de lui.

Le livre - sur lequel plane l'ombre d'Alfred Hitchcock, influence majeure du cinéaste, qui dit avoir "été hanté pendant toute sa carrière" par "Sueurs froides" - reprend plusieurs thèmes chers à Brian de Palma. 

Parmi elles, le pouvoir, la manipulation, la signification des images, ou l'idée "d'une femme qui n'arrive pas à être sauvée", qui "apparaît encore et encore dans ses films et dans ce livre", dit-il.

"Je crains que nous soyons aux prises avec nos obsessions pendant toute la vie", plaisante-il.

Souvent critiqué pour la violence de ses films, en particulier à l'égard des personnages féminins, le réalisateur d'"Obsession" et "Blow Out", qui dit "aimer filmer les femmes", s'en est toujours défendu. 

"Pour moi, cela faisait juste partie du genre" du thriller, souligne-t-il. "Je n'ai simplement jamais pensé qu'il y avait quoi que ce soit de sexiste".

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